La boîte à mots : le jeu

la boite à mots : février 2019

fév 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de février 2019 : espoir, lampion, couleur

Envoyez-nous votre texte, nous publierons ceux qui auront retenu notre attention * sur notre site dans la rubrique la boîte à mots, le jeu  (à retourner au plus tard 2 jours avant la fin du mois  à le-jeu@silesmotsavaientdesailes.fr ).

Pour chaque texte, n’oubliez pas de préciser en première ligne : le titre et le nom de l’auteur (ou pseudo). Merci!


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LA BOITE A MOTS, LE JEU : JANVIER 2019

fév 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de janvier 2019 :  champion – décoller – partage


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Voici les textes que nous avons reçus :



La citation du jour ( Monique)

La cloche a sonné. La maitresse se lève. Les enfants ferment livres et cahiers puis forment une colonne qui s’étire et ondule dans un doux bruit de chuchotis. Ils dévalent ensuite l’escalier principal fait de larges marches en bois et de balustres en fer forgé. Les lattes gémissent sous l’assaut des  semelles. Les menottes, tachées d’encre  courent sur la rampe en chêne, lustrée par tant de caresses. Un marmot trébuche, puis tombe les quatre fers en l’air. Embouteillage, bousculade, agitation. Le « surgé » beugle quelques avertissements, la paix revient dans les rangs, la procession peut poursuivre sa descente.

Sitôt la porte à double battant ouverte, telle une volée de moineaux, les petits s’échappent, se dispersent dans la cour. Pour un moment, les longues dictées, la subtile conjugaison, les nébuleux problèmes de mathématiques, sont oubliés … Envolées les tables de multiplication.

C’est l’heure de la « récré »…

Les garçons se regroupent pour faire un foot, d’autres pour une balle au prisonnier. Certains préfèrent s’asseoir à même le sol pour jouer aux osselets. Après moult figures aux noms effrayants, « araignée » « tête de mort » « cercueil » et une ultime « patte de chat » parfaitement maitrisée,  le champion exulte. Les plus jeunes participent sans pourtant espérer  remporter la partie, ils n’ont pas encore acquis le savoir-faire des grands.

Les filles, plus matures, préfèrent les activités moins bruyantes. Elles nouent plusieurs cordes pour n’en faire qu’une seule, et se lancent dans un ballet où dansent jupes, couettes et rubans. Leurs pieds décollent du sol, légers, aériens, évitent la longe en mouvement.

Ailleurs, des morceaux de craies chipés à la maitresse, victime consentante, ou achetés chez le marchand de couleurs, sortent des poches. Courbées, les petites filles dessinent une marelle. La craie vient vite à manquer, l’asphalte en est gourmand. Mais, rien ne manque : la terre, grand demi-cercle, puis les huit cases, de plus en plus étriquées  et enfin le ciel, ersatz de la voute céleste.

Près du marronnier, un groupe de fillettes chuchote, espionne en catimini un escadron de gamins braillards.

Les pochons se vident. Les goûters attisent toutes les convoitises. Des querelles s’engagent, suivies de batailles sans merci. Les injonctions du maître-surveillant stoppent net les affrontements. Le partage des quignons de pain-chocolat, rarement équitable, réconcilie les parties.

Déjà, la cloche retentit. Les enfants protestent, crachotent quelques miettes, puis se regroupent dans un calme précaire. Les joues sont colorées, les esprits échauffés, les genoux parfois meurtris. Mais, il est temps de reprendre les leçons, d’ouvrir grand ses oreilles, de lire et relire la citation inscrite, ce matin, dans un coin du tableau noir, d’une écriture fine et régulière : “Savoir, penser, rêver. Tout est là.”, suivie par un nom encore inconnu, Victor Hugo.


Le gang (Colette Kirk)

C’est dans le quartier sud de la ville que le gang de Silvério applique et fait régner sa loi,  malheur à qui empiète sur son territoire.

Silvério le chef incontesté est à la tête d’une bande de voyous, comme : Freddy,  P’tit Louis, La Fouine, les jumeaux Gino et Piétro, Jojo, Tintin dit « feuilles de chou » (à cause de ses oreilles décollées) et de la belle Marilou. Depuis quelques temps Silvério trouve que les recettes ne sont pas assez importantes : rackets, vols à la tire et autres larcins ne rapportent pas assez. Aussi envisage-t-il de frapper là où il y a de quoi satisfaire le bien-être de chacun. Il informe tout l’équipe de ses intentions :

– J’ai demandé à La Fouine de faire des repérages pour avoir tous les éléments et renseignements nécessaires pour ce que j’envisage afin de préparer une stratégie pour réussir sans accroc. Voilà ce dont il s’agit, nous allons faire un braquage. Mais avant tout je voudrais avoir votre opinion !

C’est Jojo qui le premier réagit à l’annonce :

-Si ça rapporte gros pourquoi pas.

– Moi, je suis partant si le pactole en vaut la peine, ajoute Tintin

– Si ça ne rate pas c’est toujours bon à prendre, renchéri P’tit Louis.

– Ouais ! Un truc comme ça, faut pas que ça « foire », remarque Freddy.

– Pour moi c’est OK, annonce Marilou, j’en ai jamais assez.

Quant aux deux frères, eux sont toujours là quand il y a un mauvais coup à faire, avec eux c’est toujours oui !

Tout le monde étant d’accord, Silvério leur expose sa fameuse stratégie qu’il a mise au point avec La Fouine.

– Je vais vous donner les consignes que chacun d’entre vous devra suivre et respecter scrupuleusement :

Toi, Freddy tu te posteras au coin de la rue du Commerce en face la place de la mairie,

P’tit Louis, tu feras les cents pas devant la boutique du coiffeur faisant mine d’attendre quelqu’un.

Piétro et Gino sur un banc de la place vous lirez chacun un magazine de sports.

 Jojo et Marilou vous donnerez à manger aux pigeons.

Quand à toi Tintin tu te tiendras à l’arrêt des bus devant la bijouterie.

La Fouine et moi nous serons installés à la terrasse du marchand de glaces. Quand le moment sera venu de passer à l’attaque, je me lèverai et tous sans précipitation, nous nous dirigerons vers la bijouterie. Une fois regroupés, nous pourrons, alors, nous lancer à l’assaut de notre objectif. A l’intérieur, vous devez vous emparer de tout ce qui vous tombe sous la main, raflez tout ce que vous pouvez. Ensuite le butin sera partagé en parts égales. Mais quoi qu’il arrive, n’oubliez pas que nous sommes des champions et que rien ne doit nous résister…

                                                                                                                                ————-

Bien des années plus tard, on se souvient encore de cette bande de garnements faisant éruption dans la confiserie de « La Mère Caramel » pour une razzia de bonbons.

La boutique se situait juste à côté d’une bijouterie.

 


L’émotion (Martine)

– Alors champion ! Ton impression ?

À peine descendu de son Alfajet, Mathis est aussitôt interpellé par son instructeur. Debout sur le tarmac. L’homme affiche une fierté non dissimulée envers son élève.

– Je suis comblé coach. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, répond-il les yeux pétillants.

Oubliée la multitude d’heures d’entraînement ! Son rêve vient de se réaliser : effectuer sa première démonstration au sein de la Patrouille de France, ce fleuron français, qui lui a permis de devenir un pilote chevronné !

Pourtant, au moment de décoller, le doute s’était subrepticement immiscé en lui. Sa bouche  était devenue pâteuse et une furtive appréhension l’avait envahie, vite dissipée par l’effervescence du challenge.

Quelques instants plus tard, Mathis fendait les nuages et pilotait, avec dextérité, son bel oiseau blanc. Seul dans le cockpit sa confiance était revenue.

Le meeting s’achève, les pilotes descendent de leurs avions les uns après les autres, sous les applaudissements d’un public conquis.

Brusquement Mathis se fige. Il l’aperçoit, là, devant lui, entouré d’un halo bleu. Qu’il est magnifique ! Son visage est serein. Il sourit et d’une voix rocailleuse lui dit :

– Bravo fiston ! Je n’ai jamais douté de toi. J’ai toujours su que tu me remplacerais au sein de l’escadron. Je suis si heureux que tu partages cette passion avec moi.

Estomaqué, Mathis esquisse un pas en avant pour le rejoindre, l’étreinte à nouveau dans ses bras mais… la fugace apparition s’est évanouie !

– C’est fou ce que les émotions peuvent provoquer ! songe-t-il encore sous le choc.

Pas le temps de s’appesantir sur ses états d’âme ! Le cocktail commence sur la terrasse. Il aperçoit Inès près du buffet qui lui fait un signe de la main alors qu’Enzo court vers lui en criant « Bravo Papa ! ».

 


Le Poilu (François)

Au terme des quatre années, il est toujours vivant
La Faucheuse ne veut pas de lui apparemment
Il s’est battu dans la Marne, il a vu Verdun
Après ces deux enfers, il n’a plus peur de rien.
Il est devenu insensible, rien ne l’atteint
Pas même la collecte des morts au petit matin.
Au bout de ces quatre ans, il a pris l’habitude
De la souffrance et de cette vie pourtant très rude
Le froid, les rats, les maladies, la mort, la pluie,
Le doute, la colère, la faim mais surtout l’ennui.
Il sait bien sûr goûter les moments de partage,
Avec des gars venus de partout et de tous âges
Il aime beaucoup ces moments de fraternité
A jouer aux cartes ou à déguster le café
Reçu récemment par l’un d’eux en colis.
Ils parlent ensemble, assis à table ou sur leur lit,
Des jeunes femmes, de l’arrière, des amis disparus
Ou partis sur d’autres fronts qu’ils ne verront plus.
Tous ont une activité, l’un relit une lettre
L’autre écrit quelques lignes qu’il enverra peut-être.
Au fond du dortoir souterrain, un jeune soldat
Passe le temps à sculpter sans hâte un bout de bois.

Appuyé à la froide paroi de sa tranchée
Il regarde ses compagnons et est très touché
Par les visages de certains emplis de cette peur
Que lui ne connait plus, pour son plus grand bonheur.
Serein, il est envahi par les souvenirs
De sa vie civile faite de labeur et de rires.
Il pense avec tendresse à celle qu’il a aimée
Et que, peut-être un jour, il pourra épouser.
Il se rappelle le sport qu’avec obstination
Il pratiquait pour devenir un grand champion.
Tout son passé ressurgit en quelques secondes
Sa famille chérie, ses amis, ce petit monde
Qui, malgré les difficultés du quotidien,
Le comblaient car, avec eux tous, il vivait bien.

Les canons commencent à déverser leurs obus
Assourdissants, ils creusent de grands cratères et tuent.
Il sait que la bataille va bientôt commencer.
Le capitaine, pistolet en main, va siffler.
Avec pour uniques boucliers leurs simples vareuses,
Ils vont offrir leurs corps aux salves des mitrailleuses
Comme à chaque assaut, il va falloir vite courir
Franchir plusieurs obstacles, se coucher, repartir
Des gars anonymes, fusil au bras, vont tomber
Certains vont rester accrochés aux barbelés
D’autres vont décoller puis s’effondrer dans la boue
Tous, ils auront pour point commun sanglant, un trou.
Coup de sifflet, les ordres fusent, il faut vite sortir
Tous les hommes montent à leur échelle, se ruent dehors.
La tête baissée pour tenter d’éviter les tirs
Ils partent en tous sens, s’agenouillent, puis courent encore
Telles des cibles de foire, ils sont dans la ligne de mire
Des ennemis qui, au hasard, répandent la mort.
Les poilus s’immobilisent comme statues de cire
Et attendent le terrible et funeste corps à corps.

Puis, notre homme se relève, avance, se fige soudain.
Il vient de subir un violent choc en son sein
Et, foudroyé, tombe en avant, face contre terre,
Il prévoit que, pour lui, c’est la fin de l’enfer.
Il n’a pas mal, il ne ressent plus de douleur
Il comprend alors qu’enfin a sonné son heure
Avec un grand effort, il se tourne vers les cieux,
Il dit ses prières puis doucement ferme les yeux
Souhaitant que son sacrifice ne soit pas vain
Et que ses camarades voient d’autres lendemains.
Pour lui, l’essentiel n’est pas qu’il entre dans l’histoire
Mais qu’il ait au mieux contribué à la victoire.
Caressant un petit gris-gris dans sa sacoche
Il s’évanouit en maudissant les sales boches.

Submergés, infirmières et brancardiers s’affairent.
Tout l’hôpital s’agite tant il y a à faire.
Les malades et les blessés arrivent par centaines
Qu’il faudra essayer de guérir sous huitaine.
A son arrivée, notre héros couvert de sang
Est pris en charge et opéré immédiatement.
Il est entre vie et mort mais tout réussit
Et peu après, il est placé au fond d’un lit.
A le voir ainsi, le colonel est confiant,
Celui-là pourra tôt rejoindre son régiment.
D’ici quelques jours, rien ne pourra empêcher
Qu’il retrouve tous ses compagnons dans les tranchées.

Enfin, il se réveille au milieu d’une grande chambre
Et demande alors : Où suis-je et quel jour sommes-nous ?
Aujourd’hui, mille neuf cent dix-huit, le onze novembre,
Et ne vous inquiétez pas, tout va bien pour vous.

Autour de sa couche, il y a beaucoup de monde
Mais tous ignorent ce qui s’est passé à Rethondes.

En hommage à mon grand oncle, Jacques Swiezicki

 


Cette robe bleue qui lui allait si mal (P.)

Il était son champion toutes catégories et il a partagé sa vie, 10 ans :  elle l’avait rencontré à l’université. Cécile s’est  toujours demandé pourquoi il s’était retourné sur son passage et l’avait épinglée sur son tableau de chasse, de ses yeux perçants.  Elle se décrivait quelconque ; d’apparence frêle, elle puisait ses forces dans les livres qu’elle dévorait derrière ses lunettes, dans quelques brasses à la piscine ou bien derrière quelques grands écrans.

Elle en était certaine, elle avait rencontré l’amour de sa vie et avait décollé tout droit vers des cieux prometteurs  avec pour bagage, un  cœur aveugle.

 Elle partageait péniblement son temps entre les études auxquelles elle tenait comme à la prunelle de ses yeux myosotis et le ménage de leur 3-pièces au 3ème étage de cet immeuble sans âme ; elle ne saurait dater le moment où tout bascula.

 En effet, bientôt, elle n’eut pour seule robe, que ses hématomes qui formaient de jolis cercles tout en nuance, du noir bleuté au bleu ciel pour les plus récents. Je crois que pas un centimètre de sa peau ne se rappelait de sa couleur originelle ; cette couleur crème de lait que notre mère avait avec amour, protégée des coups traîtres du soleil.

Ses bijoux avaient disparu les uns après les autres, au Mont Piété,  pour couvrir les dettes de jeu qu’il avait bien sûr pris soin de lui dissimuler. Les vacances n’étaient que promesse sans cesse renouvelée, les factures devenaient un cauchemar. Mais plus grave encore, se créait une distance entre moi et ma sœur, insidieuse.

Le jour où il avait appris que le corps de Cécile ne donnerait jamais d’enfant, il s’était levé brusquement et était sorti du cabinet du médecin, vacillant, blanc comme un linge. Le docteur avait bien  tenté de consoler Cécile : « vous savez les hommes sont  pudiques dans leurs émotions. Ne vous en faites pas, tout se remettra en ordre ». A croire que ses émotions avaient gonflées démesurément car les coups redoublèrent d’intensité depuis ce moment cruel.

Elle se raccrochait tant bien que mal à ce lien qui les unissait mais dont la nature avait fini par se diluer dans la douleur, jusqu’au jour où Gisèle entra dans sa vie à l’aube de ses 10 ans de vie commune.

Ce jour-là, elle m’avait rendu visite à Metz et rentrait sur Paris, par le TGV N°69. Elle me raconta qu’une dame âgée s’était assise en face d’elle. Dans un geste maladroit, Cécile avait  laissé entrevoir un beau bleu azur sur son bras quand elle l’avait aidée à ranger sa valise.  Elles avaient partagé le trajet et les gâteaux. C’est Gisèle qui avait engagé doucement la conversation, qui l’avait conduite à un début de confidence. Lorsqu’elles posèrent le pied à Gare de l’est, elles se  promirent de se revoir rapidement. Durant 1 an, leurs rencontres furent intenses et toujours arrachées au diktat de son mari. Gisèle  lui raconta sa vie, sa résistance aux coups. Elle se rappelait elle, cette couleur rouge sang qui avait tant coulé, puis son sursaut, et enfin sa liberté. Elle était devenue avocate, défendant les femmes tombées sous les coups. Depuis sa retraite, elle peignait de très jolies toiles où le rouge avait repris une place paisible dans la palette des couleurs.

Il y a 2 semaines, le lendemain du jour de trop, Cécile a pris son ancien sac de piscine (cela faisait belle lurette qu’elle l’avait placardisé), y a placé quelques maigres affaires, ses papiers d’identité et elle est sortie.

Derrière la porte, refermée doucement mais définitivement, dans l’armoire, gisait abandonnée, sa robe bleue, celle qui lui allait si mal.

 


Une rencontre de choc ! (Corinne P.)

La voix de Paul lui arrive assourdie au travers d’une sorte de clameur lointaine. Paul c’est l’entraîneur du club de rugby de Limoux petite ville de l’Aude.

Dans le noir, Jean-Luc a du mal à comprendre ses paroles, seules quelques syllabes pénètrent son cerveau. Pendant quelques secondes, il se demande où il est. Son cerveau et son corps sont comme dissociés. Péniblement, il ouvre les yeux, pour découvrir le visage de Paul juste au-dessus de lui. Son regard inquiet le fait réagir. Il essaie de bouger, mais il peut à peine décoller sa tête du sol.

« Bouge pas champion » lui dit-il, tu viens de prendre un placage de premier ordre ! Tu nous as fait une de ces peurs ! Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

Allongé sur la pelouse, les sensations reviennent. Il tente de se relever, mais déjà le soigneur est à ses côtés et quatre de ses copains avec qui il partage les entraînements, le glissent sur le brancard et le transportent au vestiaire.

Après un examen complet, et le contrôle de quelques paramètres vitaux, Jean-Luc peut enfin, se lever. La longue douche brûlante finit de le requinquer, juste à temps pour accueillir, dans un vacarme joyeux, le reste de l’équipe. Malgré son absence en fin de match, ils ont gagné le match.

Mais ce soir, pas de troisième mi-temps avec les copains pour Jean-Luc. C’est repos obligatoire : prescription du toubib ! Il se rattrapera lors d’une prochaine rencontre ; les occasions de faire la fête ne manquent pas au pays du rugby et de la blanquette.


Un homme  (Caroline)

De quel champion allons-nous parler ?
Quel homme héroïque allons-nous faire revivre ?
Mon admiration va vers celui qui, par tous les temps, faisait décoller son avion bourré de courrier et franchissait la Cordillère des Andes pour déposer son chargement.
Postier céleste qui bravait les orages pour remplir sa mission !
Cet homme de cœur et de talent qui perdit la vie, jeune encore, lors d’un  » crash  » de son avion en mer.
Ce poète merveilleux qui nous fait partager, quel que soit notre âge, la plus belle histoire d’amour avec un petit garçon blond amoureux d’une rose ……
Petit enfant lumineux qui avait tout compris, l’amour… la fidélité… l’amitié… le respect et le courage aussi !

Un immortel petit Prince qui nous fait encore pleurer d’émotion et de tendresse …..
Merci Saint-Exupéry

 


L’après-midi des héros (Paulette POUJAUD )

Jeune encore, j’ai eu le privilège d’assister à un meeting au cours duquel devait être désigné le champion d’acrobaties aériennes.

C’était le 29 avril 1934, j’avais à peine 8 ans, cependant ma mémoire en a conservé le souvenir que je vous livre en partage.

La compétition se déroulait dans les champs face à la base aérienne actuelle, là où se situent désormais les immeubles du quartier LOUVOIS.

Les deux pilotes choisis pour cette épreuve sont Michel DETROYAT et Marcel DORET. Chacun d’eux monte dans son appareil et mon cœur se serre, car à cette époque l’aviation est encore une toute nouvelle aventure.

Je suis alors bien jeune mais déjà capable de comprendre les risques encourus par les héros du jour.

Soudain je les vois décoller et s’élancer vers le ciel, commence alors un ballet hallucinant de deux avions se croisant à pleine vitesse au-dessus de nos têtes puis redescendant par paliers à la façon des feuilles mortes, se rapprochant du sol dans le fracas assourdissant des moteurs.

Pourtant l’adresse de ces virtuoses est telle qu’à aucun moment ils ne se trouvent en danger, pas plus que la foule qu’ils survolent.

A peine les deux pilotes se sont-ils posés que mon père, fatigué par sa maladie contractée durant la Grande Guerre, se voit contraint de partir sans attendre de connaitre le verdict du jury et le nom du vainqueur du jour.

Peu importe, car à nos yeux, ces deux hommes nous semblent d’égale valeur après un tel exploit.

Quant à moi, encore sous le coup de l’émotion ressentie, je demeure persuadée que je ne saurais jamais oublier cette journée mémorable.


la boite à mots : janvier 2019

jan 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de janvier 2019 : champion – décoller – partage

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LA BOITE A MOTS, LE JEU : DECEMBRE 2018

jan 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de décembre 2018 :  intriguer, le grand café, lessiver


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Voici les textes que nous avons reçus :

 

La caissière (Colette Kirk)

 

Derrière le comptoir du « Grand Café » la caissière est assise toute la journée. Aussi on en voit que la moitié. Mais elle est belle !

Les consommateurs, qu’ils soient de passage ou habitués sont très intrigués et ils se posent des questions,

– Comment est l’autre moitié de la dame ?

Celui qui est le plus curieux c’est Henri, poète et amoureux de la belle.

Chaque jour il vient et prend plusieurs consommations pour rester longtemps afin de voir l’objet de son amour se lever et lui permettre de voir la dame en entier. Mais c’est incroyable elle ne se déplace jamais. Du matin au soir toujours présente. Par quel mystère peut-elle tenir aussi longtemps sans être fatiguée.

Ce soir Henry a décidé de rester jusqu’à la fermeture. Vers minuit le patron commence à baisser le rideau invitant les derniers clients à partir. Henri s’est caché dans un petit coin et surveille. D’une paroi derrière le comptoir sort un homme, le patron s’adresse à lui :
– Alors ! Gaston, t’as fini, elle peut être mise en fonction ?
– Aucun problème, mais la mise au point n’a pas été facile. Je suis complètement lessivé d’avoir dû trouver la panne, plutôt duraille ! Mais maintenant elle peut fonctionner toute seule, juste de temps en temps un petit contrôle.

Maintenant Henri a compris et il quitte le « Grand Café » en chantonnant :

Entourée d’un tas de verres à pied
Bien tranquille devant son encrier
Elle est dans la caisse, la caissière
Ça fait qu’on n’en voit que la moitié.
Et moi que déjà je l’aime tant
J’dis : « Tant mieux, qu’on cache le restant
Car, si je la voyais toute entière
Je d’viendrais fou complètement. »
Elle est belle, elle est mignonne
C’est une bien jolie personne
De dedans la rue on peut la voir
Qu’elle est assise dans son comptoir.
Elle a toujours le sourire
On dirait une femme en cire
Avec que son chignon qu’est toujours bien coiffé
C’est la caissière du Grand Café.

 


La jeune bretonne ( François)

En l’année mille neuf cent, Morgane fête ses vingt ans.
Elle a quitté sa campagne pour vivre à Paris
Emmenant avec elle sa jeune et belle enfant
Que, par tradition, elle prénomma Marie.
Mère célibataire, elle a fui la province
Avec le fol espoir de rencontrer un prince.

Aux halles, elle loue un petit appartement
Où elle imagine recevoir quelques amants.
Elle sait qu’elle devra élever seule sa fille
Mais prévoit, pour elle, le bonheur dans cette ville.

Après ses déboires, il lui faut tourner la page.
Elle est forte et ne manque pas de courage.
Son premier but est de trouver un bon travail,
S’il le faut, chez des bourgeois, faire du ménage.
Elle veut et doit y parvenir, vaille que vaille.

Ici les jeunes bretonnes sont très recherchées
Même lorsqu’elles ont commis un grave péché.
Elle ne doute pas de ses nombreuses capacités
Et d’ailleurs, rapidement, elle est embauchée
Comme serveuse dans un bar de l’île de la Cité.

C’est le Grand Café où vient la bonne société.
S’y mélangent les odeurs d’absinthe et de thé
Bu goulûment par les riches hommes et femmes
Venus, tout en se promenant, voir Notre-Dame.
Tard, des banquiers en queue de pie et haut de forme,
De fringants militaires en grand uniforme,
Des mondaines parées de leurs plus beaux atours
Viennent s’enivrer du soir jusqu’au lever du jour.
Beaucoup d’entre eux pensent qu’il est de bon ton
D’arborer le dernier modèle « De Dion Bouton ».

Pour Morgane et sa fille, la vie n’est pas bien rose
Et la jeune femme aspire vite à autre chose.
Elle est lasse de passer ses journées à laver
Essorer, rincer, ranger, ou pire lessiver.

Parfois, en servant les clients, elle chantonne
Des airs de son pays que tout le monde entonne.
Petit à petit, elle quitte le comptoir en bois
Et, au milieu de la salle, fait entendre sa voix.

L’ambiance change et les habitués sont intrigués
Par cette belle femme effacée devenue si gaie.
Celle qu’on ne regardait pas, la pauvre soubrette
Est devenue, par ses chants et danses, une vedette.
Après l’école, Marie retrouve sa chère Maman
Et danse pour elle, parée de ses modestes vêtements.

Le bouche à oreille a rapidement fonctionné
Et tout Paris vient montrer le bout de son nez.
Dès lors, le Grand Café ne désemplit pas,
On se presse, on attend, on fait les cent pas.
Les parisiens boivent, hurlent, chantent et rigolent
Puis tous se taisent d’un coup quand apparait l’idole.

Ce dimanche, la chanteuse en fin de récital
Aperçoit un jeune homme au fond de la salle
Qui lui adresse un sourire et d’un geste aimable
L’invite à le rejoindre dîner à sa table.
Dans la pénombre, elle distingue Marie près de lui.
Alors que la brasserie se vide dans la nuit,
Morgane, étonnée et heureuse, les rejoint.
Elle sent que ce garçon va changer leur destin.

 


Le grand café (Laetitia)

 

Nous sommes le 1er Décembre à Paris, Boulevard des Capucines.

Comme tous les samedis matin, je prends mon petit déjeuner au restaurant «Le Grand Café », mon regard flâne sur les vitraux et les murs de ce café mythique inauguré en 1875.

Mon serveur habituel, Georges, vient me saluer en m’apportant mon petit déjeuner rituel, un café allongé et un croissant.

L’odeur familière de ce café vient me chatouiller les narines, oh…quel délice après une dure semaine de travail.

Avec Georges, nous échangeons quelques mots sur les gilets jaunes, la contestation, la colère contre l’exécutif…

Le Grand Café est calme aujourd’hui, les clients ont déserté après « l’appel à monter sur Paris ».

Tout à coup, une explosion puis une fumée noire et pendant quelques minutes une nuée de casseurs portant des gilets jaunes et des masques arrivent en courant, en criant, en jetant des projectiles, des cocktails Molotov dans les voitures qui prennent feu et explosent.

Finalement, ils fuient en laissant une rue traumatisée.

C’est dans ce décor de chaos que les vrais gilets jaunes affluent pour défiler devant nous.

De la fumée épaisse et nauséabonde recouvre la chaussée et, sous nos regards surpris, une jeune femme se lance dans une chorégraphie avec pour seul musique le bruit des sirènes…

Une scène irréelle…

Intrigué, je sors et me rapproche, qui est-elle ?

Elle se nomme NadiaVadori Gauthier, c’est une danseuse surnommée : «la danseuse poétique».

Comme d’autres personnes, je lui emboîte le pas et me retrouve hébété deux heures après, (comme un enfant ayant suivi le Joueur de flûte de Hamelin), sur l’avenue des Champs-Elysées.

C’est le gaz lacrymogène qui me fait prendre conscience que la manifestation a changé. Sous les pavés, je cours au milieu d’un capharnaüm digne d’une guerre urbaine.

Drôle de journée… Les sirènes, les gyrophares, la foule et les forces de l’ordre s’éloignent, je rentre retrouver mon petit appartement.

Dimanche de bon matin, après une nuit agitée, je reviens voir Georges au Grand Café, il n’y a pas trop de dégâts, juste les vitres qui sont noircies. Tout le personnel s’est retroussé les manches pour redonner vie au restaurant, les discussions sont animées.

Je regarde Georges lessiver les vitres, je prends une éponge et nous commençons notre conversation.

 


Hep, Taxi ! (Monique)

 

Le message disait : « j’arborerai un œillet rouge à la boutonnière». Cela lui avait semblé un peu désuet, d’une autre époque.

Quel âge peut-il donc avoir ? A quoi ressemble-t-il ? Excitée, Elle se prépare pour un premier rendez-vous. Elle choisit avec soin sa tenue : robe ou pantalon ? Robe ! Sobre, décolletée mais pas trop, d’une longueur raisonnable et de couleur chatoyante. Devant le miroir, la coiffure reste classique et la touche de maquillage se fait légère. Un dernier regard à la grande psyché de l’entrée, et Elle quitte son appartement, pimpante.

Depuis quelques mois, Elle correspond avec cet homme, celui avec qui elle a rendez-vous. Ils se sont découverts, au fil des lignes, de nombreux points communs : l’amour de la nature, des voyages, le goût des rencontres, … Ils sont restés tous deux très réservés quant à leur vie privée. Elle sait cependant qu’il est divorcé et que ses deux filles habitent l’une en province, l’autre en Nouvelle Zélande.

La voilà arrivée devant « le grand Café » avec dix minutes d’avance. Elle entre. Intriguée, Elle observe, dévisage. Pas d’œillet rouge à l’horizon !!!  Elle choisit une table un peu à l’écart, un endroit qui permet de voir sans être vu … Elle admire la verrière finement ouvragée, apprécie le travail des artistes peintres, trouve l’endroit chic et confortable.

Le voilà, le revers de la veste fleuri. Il hésite, fait quelques pas, hésite à nouveau, embrasse du regard l’assistance, et la reconnait, sans l’avoir jamais vue … C’est un homme de belle stature, à la voix grave et à l’œil pétillant qui lui plait immédiatement.  Le repas se révèle être délicieux, les vins suaves, et la conversation badine. Les aiguilles de la grande horloge tournent, impassibles, désinvoltes. Alors que les derniers clients s’éloignent, il règle discrètement l’addition. Quelle élégance !

Dehors, ils se font surprendre par la première pluie de la saison. Sur le trottoir lessivé, leurs pieds flicflaquent, leurs bras enlacent, leurs bouches embrassent. Ils hèlent un taxi noctambule, et …. la suite est trop confidentielle pour être contée ici.

 


Le Grand Café (Martine)

 

– Bizarre ! Deux jours que c’est fermé, se dit Ambroise devant Le Grand Café. Il faut que j’en parle à Toussaint !

En faisant demi-tour, il aperçoit son ami qui surgit au coin de la rue.

– Bonjour Toussaint. Sais-tu pourquoi le Grand Café est fermé depuis deux jours ? Même pas un mot sur la porte. T’es au courant ?

Non ! Toussaint n’est pas au courant. Pourtant, en qualité de maire du village il aurait dû être le premier informé. Intrigué, il se rend sur place et remarque qu’Ambroise a dit vrai.

L’établissement est claquemuré derrière ses volets bleus et son rideau de fer. Aucun mot sur la porte !

Perdu dans ses pensées, il n’entend pas une camionnette se garer derrière lui. Soudain, une voix l’interpelle :

– Vous êtes le propriétaire.

– Je suis le maire du village.

– Savez-vous où je pourrai trouver les clés pour entrer à l’intérieur ?

– Pourquoi ? interroge Toussaint

– Pour lessiver le rez-de-chaussée pardi ! Ne me dites pas que vous l’ignorez ? Vous savez que l’établissement a été déclaré en faillite !

Eh bien non ! Toussaint en reste bouche bée. Cela explique pourquoi le gérant se soit subitement volatilisé ! Ah le lascar ! Il a préféré fuir plutôt qu’affronter la réalité…

Reprenant peu à peu ses esprits, Toussaint se hâte vers la mairie. Arrivé dans son bureau, il attrape son téléphone et convoque tous les membres de son conseil municipal pour une séance extraordinaire. Après la boulangerie, la boucherie et la poste, pas question que le Grand Café disparaisse ! Il a une idée. Il va proposer une subvention exceptionnelle pour sauver cet emblème du village avec l’aide de bénévoles.

Six mois plus tard, c’est un Grand Café rajeuni qui accueille chaleureusement  sa clientèle sur sa terrasse ombragée. Derrière le comptoir rutilant, Toussaint est heureux. Il regarde Ambroise prendre une commande alors qu’un peu plus loin François s’empresse de servir un met odorant à la table numéro quatre !

Ah ! Qu’elle est belle l’amitié autour du Grand Café !

 


Au « Grand Café » (Paulette Poujaud)

Par ce bel été, assise à la terrasse du Grand Café, je rêvasse tout en regardant les passants.

Soudain je suis intriguée par des cris lointains. Peu après, une jeune fille échevelée fait irruption et court entre les tables, l’air affolée. Elle demande au serveur de l’installer à l’intérieur.

– Mais Mademoiselle, lui dit-il, ne seriez- vous pas mieux  dehors pour profiter du beau temps ?

– Je vous en prie, je préfère être dans la salle !

Satisfaction lui est donc donnée.

Heureusement, car peu de temps après, un jeune homme, la chevelure hirsute, à bout de souffle, paraissant lessivé par une course effrénée, nous demande si nous avons vu passer une jeune fille élégante et jolie, qui courait.

Devant notre réponse unanime et négative, le poursuivant renonce et quitte l’établissement.

Pendant ce temps, le serveur installe la demoiselle dans le coin le plus sombre de la salle.

– Ainsi personne ne vous verra.

Après de longues minutes, la fille revient cependant sur la terrasse pour profiter de l’air et du soleil.

C’est à ce moment précis qu’elle aperçoit son poursuivant, resté à proximité des lieux.

Sous le coup de l’émotion, elle s’écroule, tremblante, sous nos yeux.

Le serveur, prévenu, s’empresse auprès de la jeune femme pour tenter de la ranimer, tandis que le patron appelle les secours, fort contrarié par cet événement qui risque de nuire à la réputation de son établissement.

Il interpelle alors vivement le responsable de ce psycho drame :

– Dites-donc mon garçon, qu’avez-vous fait à cette jeune fille pour lui inspirer une pareille terreur ?

– Moi ? Rien du tout ! Je suis amoureux d’elle depuis des années et maman m’a toujours dit qu’avec les filles, il fallait savoir patienter et insister longtemps, longtemps…


Il était une fois, un grand café  (P.)

 

Le grand café avait d’abord été grand dans sa tête. Non que Sandra le voyait comme un petit Versailles. Non…elle y avait mis son grand espoir.

 

Le café avait quelque chose de chaleureux qui attirait depuis la rue.

Elle n’y servait aucun alcool : c’était sa promesse après que son mari ait été englouti par cette saleté,  dans un cancer fulgurant. C’était un lieu sans télévision, juste un juke-box, seul luxe, seule folie à laquelle elle avait cédé.

Au fil du temps, Sandra en avait fait un romantique dont les banquettes de skaï rouge un peu défoncées auraient pu témoigner des amours naissants. Il était généreux car il savait  fermer les yeux sur la couleur du passeport, quand il y en avait, ou sur les pièces venant d’un pays inconnu. Il ne faisait pas son mondain et acceptait les traces de boue des bottes de chantier. Parfois il s’était fait guide quand des touristes avaient poussé la porte, trempés jusqu’aux os. De bon matin, c’était le refuge des parents abandonnés par leurs enfants et qui inventaient l’école idéale… Le grand témoin de tout cela se prénommait, Paul. C’était l’intellectuel du quartier, dont la vie intriguait les habitués ;  on ne savait pas trop ce qu’il griffonnait dans son carnet qu’il ne quittait pas. Le matin, il s’installait tout près du comptoir pour se remplir de ses brèves. L’après-midi, quand Paul revenait, il s’asseyait face à la rue, pour assister au bal quotidien de la vie. Il était le premier à apercevoir Lila, la fille de Sandra, revenir du lycée. Un ange.

 

C’était d’ailleurs le moment préféré de Sandra. Son café devenait le palais de sa princesse aux murs maintes fois lessivés. Grâce à son petit pécule, elle allait d’ailleurs confier en 2019, à son ami, Christophe, artisan-peintre, le soin d’une cure de jouvence.

Mais un week-end de décembre 2018, on retrouva Sandra près de sa caisse, derrière le comptoir. Le café avait été réduit en miettes pour quelques secondes de gloire sur les réseaux sociaux. Sociaux !!! Il y eut bien quelques âmes en peine, quantité négligeable et une orpheline à jamais brisée.  Aucune larme n’eut le pouvoir d’effacer le sang à jamais enfoui dans ce béton fracassé.

Le même week-end, tard, le fils de Christophe, l’artisan-peintre, s’était faufilé jusqu’à sa chambre avec sa tenue sombre, lessivé de sa journée de folie, les yeux explosés d’une haine dont il ignorait même la source. Déjà Facebook alléché par l’odeur du sang, intriguait pour en remettre encore plein la vue, le week-end suivant. Demain, ou un jour, Christophe allait comprendre mais il serait peut-être trop tard.

Le  grand café n’avait de grand que le cœur de Sandra, ce petit bout de femme.

 


Pressentiment (Caroline)

Deux heures du matin … Je ne dors pas …
Impossible de retrouver le sommeil qui m’a fui.
Habitée d’un sentiment étrange je déambule dans l’appartement …
Passant devant une fenêtre quelque chose m’intrigue …
J’ai vue sur l’immeuble d’en face.
Dans l’appartement situé au-dessus du  » Grand Café  » ( un établissement fréquenté par une clientèle nombreuse et hétéroclite), une fenêtre faiblement éclairée, laisse entrevoir une silhouette qui s’agite, qui va et vient, comme si elle lessivait un sol souillé …..
C’est étrange … Le ménage à cette heure de la nuit !…
J’observe … C’est un homme apparemment vu sa corpulence !
Il inspecte les recoins de la pièce avec minutie puis éteint la faible lumière qui replonge la pièce dans l’obscurité.
Je me recouche en espérant me rendormir vite … Mais n’y parviens que vers huit heures, juste avant que mon radio réveil ne se mette en route !
Les infos … Le cadavre d’une jeune femme a été retrouvé dans un local à poubelles rue … Mais C’EST ma rue !!
J’ai été  »presque » témoin d’une chose épouvantable ! Quelle horreur …
Je pense que ma prochaine nuit sera encore moins sereine et plus agitée que la précédente, même si je ferme mes rideaux ! …



Nous remercions les auteurs et rappelons que les textes leur appartiennent. Toute reproduction est interdite.


la boite à mots : décembre 2018

déc 2018 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de décembre 2018 : intriguer, le grand café, lessiver

 

Envoyez-nous votre texte, nous publierons ceux qui auront retenu notre attention * sur notre site dans la rubrique la boîte à mots, le jeu  (à retourner au plus tard 2 jours avant la fin du mois  à le-jeu@silesmotsavaientdesailes.fr ).

Pour chaque texte, n’oubliez pas de préciser en première ligne : le titre et le nom de l’auteur (ou pseudo). Merci!


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LA BOITE A MOTS, LE JEU : NOVEMBRE 2018

déc 2018 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de novembre 2018 :  croissant, vie, pôle nord


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Voici les textes que nous avons reçus :

 

Le loto (François)

Sébastien fut pris de tremblements. Malgré l’évidence, il ne parvenait toujours pas, au bout de quelques minutes, à croire ce qui venait de le frapper comme une gifle. Il restait abasourdi, groggy. Ses yeux continuaient inlassablement de passer de l’écran de son ordinateur au petit bout de papier qu’il tenait dans sa main secouée par des spasmes de plus en plus violents.

Il relisait sans cesse chacun des numéros et la date du tirage.

Allez, une dernière fois, murmura-t-il et il finit par s’appuyer sur le dossier de sa chaise enfin convaincu qu’il venait de gagner le gros lot. Fébrilement, il passa sur un autre site pour connaître le montant de ses gains.

Douze millions. Il était le seul à avoir trouvé la bonne combinaison. Douze millions !!

Il posa sur le petit bureau le ticket que lui avait remis ce matin-même le propriétaire de la papeterie en bas de chez lui. Comme chaque fois, ils avaient plaisanté ensemble sur ses infortunes répétées et il avait quitté le magasin avec cette phrase qu’il se reprochait de dire trop souvent : « A demain, pour les gains !!!».

Il resta un bon moment assis, les bras croisés, regardant sans les voir les immeubles faisant face à son appartement.

Il oscillait entre rêve et réalité, entre bonheur et incrédulité, entre sourire et larmes.

Cet insignifiant bout de papier à côté de son ordinateur valait douze millions ! Une fois calmé, il le saisit et, comme il le faisait quand il gagnait des montants modestes, il le plia et le rangea dans son portefeuille.

Depuis longtemps, il réfléchissait à ce qu’il ferait si la chance lui souriait. Il savait qu’il donnerait à chacun de ses enfants de quoi s’acheter une belle maison. Il ferait aussi un beau chèque à ses frères et sœurs. Enfin, il choisirait une association humanitaire qu’il parrainerait de façon significative.

Sébastien voulait également réaliser ce dont il avait envie et à quoi il avait toujours dû renoncer.

Sa vie allait changer de façon radicale.

De toute évidence, il allait s’offrir son « château en Espagne ». Son rêve n’était pas un château, seulement une belle et discrète maison sur la côte nord de la péninsule ibérique.

Mais avant cela, il voulait réaliser un beau et long voyage.

Indécis sur la destination, il alla chercher le globe terrestre qui reposait depuis des lustres dans la chambre de sa fille. Elle l’avait laissé là quand elle était partie s’établir à quelques centaines de kilomètres pour fonder un foyer.

Il saisit la mappemonde et la posa sur la table du salon. Il la fit pivoter plusieurs fois. Il l’arrêtait lorsque se présentaient des lieux qui le faisaient rêver depuis des décennies. Il s’attarda sur l’Amérique du Sud. Sa main caressa le continent américain du Pérou au Canada puis remonta jusqu’au pôle nord où, quand il était gamin, l’avaient emmené les récits de Paul-Emile Victor.

Encore hésitant sur la destination de son futur périple, il se proposa de faire tourner le globe et, les yeux fermés, de l’arrêter au hasard par une pression du doigt. Mais il reconnut qu’il prenait ainsi le risque de s’imposer un voyage en Sibérie, peut-être au milieu du Pacifique ou encore dans le désert du centre de l’Australie. Il renonça alors à ce système trop aléatoire qui pouvait l’envoyer sur des terres inhospitalières.

Toute la nuit, seul dans son lit, il parcourut les continents, échafauda des centaines de projets insensés, établit la liste des amis à qui il ferait des cadeaux. Il se répétait régulièrement : « je peux tout me permettre, je suis millionnaire » et il recommençait à faire le monde, celui des êtres chers et le sien.

Le lendemain matin, les yeux rougis par l’insomnie, il se chaussa, descendit chercher sa baguette de pain quotidienne et s’offrit le luxe d’acheter un croissant.

 


 

Naissance à la ferme (Monica Sel)

 

Soudain, la sonnerie du téléphone retentit dans la maison silencieuse.

– Bonsoir. Excusez-moi de vous déranger, mais Marguerite va vêler cette nuit. Pourriez-vous passer à la ferme ?

– Ok, j’arrive.

Pierre abandonne son bol de soupe, attrape sa parka pendue à la patère de l’entrée, s’empare de sa lourde sacoche, l’indispensable matériel médical.

Dès la porte franchie, un vent glacial le saisit. Pierre fouille ses poches, récupère son bonnet tricoté mains dont il coiffe immédiatement son crâne dégarni.  Il se rappelle le bulletin météo de la veille « un froid venu du Pôle Nord va engourdir la région ». Un croissant de lune éclaire chichement la campagne. Ce déplacement n’est pas fait pour enchanter notre homme. Une soirée devant la cheminée avec un bon bouquin, voilà à quoi il aspirait en cette fin de semaine. Mais bon ! Les aléas d’un métier exaltant.

Après vingt minutes de route sur une départementale sinueuse et accidentée, il arrive à la ferme. Un chien sorti de nulle part, l’accueille et l’escorte. Antonin, le maitre des lieux, debout au milieu de la cour malgré le froid, l’attend, anxieux. Une chaleureuse poignée de main, un bref échange de politesse et les deux hommes se dirigent vers l’étable d’un pas rapide. Marguerite, une superbe Montbéliarde, taches rouges sur robe blanche, couchée sur le flanc, attend, elle aussi. Les pattes avant du veau apparaissent déjà. Le vétérinaire analyse rapidement la situation. Marguerite, encore génisse, bientôt vache,  semble se débrouiller fort bien. Elle est encouragée par ses congénères qui tout à côté, lui adressent des « meuh » réconfortants.

Au bout d’un moment, Pierre décide d’aider à la délivrance. Il encorde les petites pattes et synchrone avec une contraction, tire d’un geste énergique mais délicat. La tête est sortie, ensuite tout va très vite. Après quelques chatouillements dans le nez, le nouveau-né est rendu à sa mère.

Sarah, l’épouse d’Antonin, informée de la naissance par la gaieté ambiante, apparait, portant un lourd plateau à bout de bras. Un intermède bienvenu, pensent les deux hommes : un thermos de café chaud, un bocal de fruits à l’eau de vie et quelques tartines de pain perdu encore fumantes.

De son côté, le veau, toiletté à grands coups de langue maternelle, baptisé Myrtille, ose déjà quelques pas. Après plusieurs chutes dans la paille tiède et confortable il rejoint en chancelant sa mère, se pend à son pis et tète goulument.

Encore quelques soins à prodiguer, et Pierre prend congé du couple, gratifié d’un odorant fromage fermier. A l’est, derrière le bosquet dit « de Mortefeuille »,  une lueur orangée, prémices d’une matinée ensoleillée, embrase le ciel. Le médecin, satisfait, heureux, optimiste, pressent une bien agréable journée.


 

Le pôle nord ( Martine)

Enfin ! Le Pôle Nord ! Mark accoste son brise-glace sur cet océan qui est le plus petit du monde. Emmitouflé dans sa parka et armé de son appareil photographique, il s’émerveille devant les voiles de lumière jaune et vert qui illuminent la bannière étoilée. Avec un peu de nostalgie, il repense au croissant de lune au-dessus de la Rance qu’il aime tant admirer de sa terrasse. Ses fidèles amis lui ont fait un superbe cadeau en sponsorisant son projet pour ses cinquante ans !

Aujourd’hui, il réalise enfin son rêve d’enfant qu’il prépare depuis cinq ans : découvrir cette région du globe si glaciale, si rude, mais tellement captivante !

Brusquement, un bruit sourd, inquiétant, le tire de ses rêveries. La carapace d’eau gelée prend vie. Un gigantesque ours polaire apparaît. Instinctivement, Mark s’élance sur sa droite pour se dissimuler derrière…derrière quoi au fait ? Pas de buisson ici ! Seul son bateau brise-glace l’attend un peu loin.

Doucement, il saisit son appareil photographique pour immortaliser cet instant magique sur la pellicule. Mais l’ours s’arrête et tourne la tête vers lui. Mark lâche son appareil et esquisse un pas en arrière, puis un autre, ne quittant pas des yeux l’ursidé dont la fourrure se fond dans le paysage. Pourvu qu’il ne s’avance pas vers lui ! Mais non ! L’ours l’ignore et s’éloigne d’un pas chaloupé vers un large trou creusé dans la banquise. Quelques secondes plus tard, Mark le voit harponner, de ses puissantes pattes, un pauvre phoque égaré qui lui sert d’en-cas pour son repas.

Inquiet, Mark songe : « Pourvu qu’il en pêche d’autres, Je n’ai pas envie de lui servir de plat de résistance ».

Alors qu’il rebrousse chemin en ne quittant pas l’ours du regard, celui-ci l’ignore et continue son festin en attrapant un deuxième, puis un troisième phoque.

Remonté sur son bateau, Mark pousse un soupir de soulagement. C’est alors qu’il entend à la radio :

« Bon anniversaire Mark.
Profite bien de ton séjour et n’oublie pas de faire des photos.
À bientôt..
Tes amis Malouins. »

 


 

On peut rêver (Susan Clot)

Les enfants sont partis à l’école et Lætitia peut enfin s’asseoir et siroter son café tranquillement dans la cuisine. Pas de croissant ni de cigarette comme quand elle était étudiante et que tout était possible, quand la vie l’attendait  à bras ouverts, et quand le paradis semblait au bout de la rue. Le temps est loin où elle s’imaginait devenir écrivain célèbre, exploratrice du pôle nord ou star de cinéma.

Non, tout cela est bien du passé. Aujourd’hui elle finit les bouts de tartine Nutella laissés par Lise et éparpillés sur la table comme des bateaux en perdition sur une mer de miettes. Elle finit le bol de Lucas, même si des gouttes de jus d’orange nagent parmi les cornflakes solidifiés par le lait et collés tels du ciment prêt à l’emploi.

Un moment de repos avant de s’attaquer à un brin de ménage vite fait, prélude à son départ précipité au travail. Ce n’est pas vraiment  la vie dont elle avait rêvé. La nostalgie, une pointe d’amertume, commencent à la guetter. Mais elle revoit Lise en train de lui expliquer qu’elle était cousine des cochons car omnivore comme eux et que c’était pour ça qu’elle n’avait pas besoin de bien se tenir à table. Leçon bien retenue pour une petite qui sait à peine écrire son nom ! Un léger sourire se forme aux coins de sa bouche qui se transforme en petit rire intérieur en imaginant Lucas, maçon plâtrant ses céréales sur des parpaings…ou mieux, ingénieur en TP à Caracas ou à Sydney. Finalement les rêves sont toujours possibles !


Il fait si froid dehors (Caroline)

Brrrr ! … Il fait un froid de loup !  On se croirait au Pôle Nord ! … glacial ! … J’apprécie le croissant bien chaud que je viens d’acheter et qui me brûle un peu les doigts cachés dans le confort de mes moufles.

Une journée longue et pas facile au boulot est récompensée par ce petit moment de plaisir égoïste et gourmand.

Je hâte le pas afin de retrouver mon appartement douillet et l’homme qui m’y attend.
Que la vie est belle, la soirée va être délicieuse !…
Ne surtout pas regarder au pied de l’immeuble cette silhouette allongée emmaillotée de couvertures, qui ressemble à quoi ?

A rien !… A un tas de chiffons sales.

Une pauvre vie abandonnée là, sans rien qui ressemble à un espoir sinon qu’il ne gèle pas plus fort cette nuit !

Que puis-je faire ?

Juste lui donner, avec un sourire, le croissant encore chaud qui, peut-être, lui fera du bien … Mais si peu de bien au milieu de toute cette solitude glacée …
Une minuscule gouttelette d’humanité, un tout petit point de lumière … La soirée sera douce et tendre mais … Il fait si froid dehors…


Surprise sur la banquise (P.)

Sur la banquise, un  croissant nordique s’est posé.

Mais que faisait ce papillon à Alert, sur l’île d’Ellermere, à 835 kilomètres du pôle Nord ?

Avait-il perdu le sud ?

Avait-il fui, cet été, les fournaises des forêts en feu du Nord canadien ? Il n’avait peut-être pas eu envie de finir comme un bon croissant tout chaud du dimanche matin.

Mais tout de même ! Avait-on déjà vu un papillon sur une banquise ?

Etienne Louis se gratta les rares cheveux qui lui restaient, après ces 35 années de funambulisme entre le pôle nord et le pôle sud.

Le pauvre se sentit déboussolé :  déjà que des géants des mers s’étaient lassés des mers chaudes et faisaient la nique aux banquises, du haut de leurs 66 mètres de hauteur, comme le fameux Symphony of the Seas ! Il y aurait bientôt, plus de croisiéristes, spécialistes en selfies, engoncés dans leurs combinaisons criardes que de pingouins sur cette banquise.

Mais alors quelle serait la terre d’accueil des pingouins ? Il n’était pas possible de repousser le pôle nord plus haut encore, là où la vie n’avait plus aucune couleur. Ils n’allaient tout de même pas non plus, finir sur les plages de sable fin des Caraïbes ?

Il farfouilla dans son barda de chercheur. Pas de trace d’un filet à papillons, vous imaginez bien.

Il se contenta de prendre son appareil photo ;  mais avant, il fixa de son œil nu, la fragile beauté de cet insecte  qui s’offrait là, à lui tout seul. Il immortalisa ce petit bout de vie. Quelques satellites plus tard, la photo atterrit dans l’ordinateur de son ami Thomas Croissant,  un des plus grands lépidoptéristes au monde. Peut-être que lui saurait trouver un sens à cette fugue polaire, à coup d’ailes dorées.

En attendant d’élucider ce nouveau mystère, il reprit son poste d’observation. L’ours blanc semblait l’attendre et guetter son regard. C’était tout de même lui, la star de la banquise. Enfin… jusqu’à preuve du contraire !

 


la boite à mots : novembre 2018

nov 2018 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de novembre 2018 :  croissant, vie, pôle nord

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La boîte à mots, le jeu : octobre 2018

nov 2018 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots d’octobre 2018 :  mairie, grâce, gris-souris


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Voici les textes que nous avons reçus :


 

Les mots (Colette Kirk)

Tout a commencé dans le petit bois de Trousse Chemise, ce jour-là, j’ai perdu la tête. Je lui ai dit :

– Toi contre moi, viens au creux de mon épaule, donne tes 16 ans. Toi et moi c’est merveilleux l’amour !

J’ai pris sa jeunesse, j’ai effeuillé la marguerite.  Il te suffisait que je t’aime pour que l’amour nous emporte.

Plus tard tu m’as annoncé :

– Un enfant de toi pour Noël !

J’étais tellement heureux que je voyais le ciel plus bleu que tes yeux. A cette nouvelle je t’ai conduite à la mairie et nous nous sommes jurés une vie d’amour, entière. Tu portais avec tant de grâce cette magnifique robe blanche, alors que j’avais l’air emprunté dans mon costume gris-souris.

Pour notre voyage de noce, nous sommes allés en Italie, que c’est triste Venise. Je préfère quand le jour se lève, Paris au mois de mai. C’est formidable.

Comme les deux pigeons que nous sommes, nous vivons chichement  à la bohème, mais vivre avec toi, j’en déduis que je t’aime. J’ai toujours rêvé d’être artiste. Je me voyais déjà en haut de l’affiche, mais dans ce métier il est difficile de devenir  comédien et moi dans mon coin, je ne suis qu’un cabotin, comme ils disent. Je n’arrive pas à décrocher le moindre contrat. Alors je bois, je joue au poker et le reste du temps et bailler et dormir.  Sarah commence à en avoir marre de mes emmerdes et comme elle aussi change parfois je lui dis :

– Il faut savoir que tu n’as plus de charme, tu te laisses aller et que je n’ai pas envie de mourir pour toi !

Mais ce matin elle a plié bagage en me disant :

– Je pars avec le carillonneur, ton camarade. Lui au moins, il a du boulot, il joue la « Marche des Anges » sur les grandes orgues de l’église. Toi, tu n’es pas capable de faire une jam sur ce sacré piano même accompagné de deux guitares.

Je n’ai pas vu le temps passer !  T’en souvient-il ? Qu’avons-nous fait de nos 20 ans ? Tout s’en va après l’amour. Nous sommes devenus des étrangers, nous n’avons pas d’enfant. Mais je sais qu’au printemps tu reviendras, je t’attends, mon amour on se retrouvera,  on ne sait jamais…

Ce lundi 1er octobre, ils sont venus, ils sont tous là :

Ferret, Ferrat, Régiani, Gainsbourg, Brel, Béart,

Bécaud, Bassens, Moustaki, Mouloudji…

Tu leur as dit : emmenez-moi !

 A toi qui as si bien chanté l’Amour ! Adieu, Charles Aznavour

1924/2018


 

Mon village (Corinne P.)

J’habite en Ariège, dans un minuscule village de trente-cinq habitants, mais seule une quinzaine y vit à l’année. Maisons en pierres, toits aux tuiles rondes, ruelles étroites et pentues, c’est ce qu’on appelle un village de caractère. On n’y trouve ni café, ni boutique, pas même une boulangerie. Cependant, face au pont qui enjambe la rivière une minuscule bâtisse d’à peine deux pièces trône sur la place. Elle affiche fièrement sur sa façade : « Mairie» en larges lettres blanches, un peu défraichies certes, mais tellement symboliques.

Lors du dernier Conseil Municipal, des travaux ont été votés : mairie et lavoir seront repeints, et le choix de la couleur a fait débat, même si des règles strictes existent pour un village classé. C’est un joli gris-souris qui a été retenu et puis, grâce à une subvention du Conseil Général, l’accès à la rivière sera amélioré et un boulodrome aménagé.

L’été promet d’être joyeux, dans notre petit village. Mais, chut ! Ne le répétez pas trop !


 La rencontre (Martine)

Jude est attiré par une musique tsigane qui s’échappe du parvis de la mairie où un attroupement s’est formé.

Curieux, il se fraye un passage jusqu’au premier rang. Soudain, il blêmit. Cette danseuse, là, devant lui, c’est Marie ! Sa Marie ! Combien de temps qu’elle l’a quitté, sans explications ? Dix ans … oui dix ans déjà ! Oh bien sûr, il l’avait cherché, mais en vain ! Aujourd’hui, elle est là, face à lui, et exécute avec grâce une danse sensuelle. Son caraco noué sur sa peau dorée laisse entrevoir ses hanches qui ondulent et vibrent au son de la musique. Jude est pétrifié.

Près d’elle, un homme égrène des sons de jazz manouche sur sa guitare. Il a fière allure dans son costume gris-souris. Est-ce son compagnon ? Elle ne cesse de le regarder et virevolte fougueusement autour de lui. Ses bras l’invitent lascivement à venir la rejoindre sur un air de Django-Reinhardt.

Paralysé par l’émotion, Jude ne parvient pas à détacher son regard de cette femme qu’il a tant aimée. Au détour d’une pirouette, Marie se retrouve devant lui. Surprise, elle le fixe intensément. Puis, son regard azur s’illumine derrière ses cils fardés. Jude est tétanisé.

De furibondes notes de musique les ramènent à la réalité. Marie tourne la tête et, d’une enjambée, s’envole vers le musicien. L’homme cesse de jouer, pose sa guitare dans son étui puis salue les spectateurs en tenant Marie par la main. Ravis du concert, les badauds se sont agglutinés pour féliciter au plus près les artistes. Marie disparait, aspirée par la foule. Jude se débat pour l’approcher mais la horde résiste. Il faut qu’il lui parle, il faut qu’elle lui donne des explications, il faut… mais il se retrouve prisonnier et ne peut s’échapper.

Quelques instants plus tard, la place est vide. Il se retrouve seul, désemparé. Marie s’est évaporée !  Soudain, une voiture surgit à sa hauteur. Machinalement, il tourne la tête et la voit, assise près du musicien. Marie le dévisage avec tendresse puis lui adresse un signe de la main alors que le véhicule s’éloigne.

Jude a alors une idée ! Le duo a dû demander une autorisation pour se produire sur le parvis ! Plein d’espoir, il escalade quatre à quatre les marches du perron en direction de l’accueil de l’hôtel de ville. Il n’a pas remarqué que, derrière lui, la voiture qui emmenait Marie a fait demi-tour et est en train de se garer le long du trottoir.


Danses d’octobre (Camille)

 

C’était un de ces beaux jours du mois d’octobre que l’on vit comme un sursis à l’hiver ou une prolongation de l’été. Il n’était que seize heures, mais le soleil déclinait déjà sur la vieille mairie à la façade aux allures de château. Nous étions vendredi, le plus beau jour de la semaine, comme la promesse d’un beau week-end qui s’annonce après une semaine bien remplie. Arnaud venait de franchir la grande grille du parc. Le vent frais de ce début d’automne faisait pleuvoir les petites feuilles jaunes des tilleuls dans une danse légère.

Arnaud aimait ce parc au milieu de la ville. Il le traversait souvent en courant pour rejoindre son bureau au premier étage de la banque, face à l’hôtel de ville. Souvent en retard, Arnaud. Mais ce soir, il sortait plus tôt. La douceur des derniers rayons du soleil, la lumière dorée dans le feuillage clairsemé des marronniers s’imposaient à lui comme une force irrésistible. Comme un chat s’allongeant derrière une vitre, il s’installa sur un banc au soleil. Ces chaussures bien cirées et sa cravate jaune complétaient l’élégance de son costume gris-souris. La tenue dénotait avec l’ambiance détendue qui régnait sur les pelouses. Les enfants sortis de l’école frappaient dans un ballon qu’ils envoyaient voler d’un coup de pied dans un jet de feuilles sèches.

Arnaud desserra le noeud de sa cravate, l’enroula dans sa poche et déboutonna son col. Il n’était pas dans ses habitudes de s’attarder ainsi le soir. Son quotidien n’était que trajets rapides et missions précises.  Un coup d’œil à sa montre lui signifiait qu’il venait de rater le premier train pour Strasbourg. Et pourtant, il restait là assis. Il se surprenait à écouter tomber les feuilles sèches sur l’allée. Leur léger froissement à l’atterrissage se mêlait au clapotis du jet des fontaines au milieu des jardins. Il se souvenait avoir recherché l’ombre la dernière fois qu’il s’était arrêté dans ce parc. C’était alors le début de l’été et les arbres chantaient autrement. Aujourd’hui la brise agitait les branches dans un chant de papier de soie froissé. Ce moment était de ceux que l’on emporte avec soi pour passer l’hiver, comme une petite couverture de laine pour se réchauffer dans les longs mois de grisaille.

Arnaud n’avait rien prévu pour la soirée et un train partait chaque heure à destination de Strasbourg, mais il s’était donné comme limite le coucher du roi derrière les grandes fenêtres des salles de réception de l’hôtel de ville. Lorsque l’astre qui l’avait réchauffé depuis une heure ne fut donc plus qu’un halo sur les longs toits gris, il se leva pour rejoindre la gare. C’est alors qu’il la sentit passer devant lui. Elle dégageait un parfum fleuri d’été sublimé par la douce chaleur de cette fin de journée. Elle se déplaçait avec la grâce d’une danseuse. Sa robe, légère pour la saison, flottait à la brise. Ses longs cheveux enroulés en chignon libéraient une longue nuque fine. Arnaud lui emboîta le pas pour franchir la grille du parc qu’il retint poliment pour la laisser passer. Ils entamèrent ensemble un menuet aux gestes élégants autour du portillon grinçant. Si l’on vous demande pourquoi les parcs ont des grilles… peut-être est-ce pour le plaisir de les ouvrir. Elle le gratifia d’un sourire et d’un merci timide et traversa l’avenue. Arnaud suivit ainsi la belle inconnue jusqu’à la gare où elle se rendait aussi, puis sur le quai où arrivait le train pour Strasbourg. Il monta dans le wagon dans lequel elle s’engouffra.

A la sortie de la gare de Strasbourg, Arnaud ne marchait plus derrière, mais à côté de la belle inconnue qui s’appelait Sarah. En la saluant devant l’entrée des artistes du théâtre, il savait pourquoi ce jour-là le ballet des feuilles d’automne l’avait mené à ce banc. Il savait que le soleil de cette fin de journée le réchaufferait encore longtemps.

 


Comptine (Caroline)
Une souris verte qui courait dans l’herbe… et bien non !
La mienne , celle que j’aperçois essayer de se cacher, n’est pas verte mais simplement « gris souris » et de plus elle ne court pas dans l’herbe mais est terrorisée et ne trouve plus le courage de fuir…
Je j’attrape par la queue , la soulève au niveau de mes yeux …. et voici que soudain des mots sortent de son joli petit museau tourné vers moi !
Stupéfaite je l’entends me dire :
– De grâce, ne me trempez pas dans l’huile ne me trempez pas dans l’eau, je ne deviendrai jamais un artichaut tout chaud !
Sidérée et désarmée je la repose doucement par terre et lui ouvre la porte.
Elle s’enfuit très vite Et c’est alors que retentit le signal qui indique la fermeture des bureaux de la mairie pour laquelle je travaille.

M’étais-je assoupie ? Ai-je rêvé ? Ou pas ?


 

Promesses (Monique)

Aujourd’hui, Aurore se lève tôt, la boule au ventre. Impression désagréable ? Non, juste inhabituelle et quelque peu dérangeante. Le soleil pointe derrière les rideaux, le temps s’annonce splendide, heureusement ! Dans une poignée d’heures, Aurore dira « oui » à Félix. Ils s’aiment depuis fort longtemps et les quelques années de séparation n’ont pas ébranlé leur amour. La  robe de mousseline blanche, confectionnée avec soin par sa marraine, attend sur le mannequin au fond de la chambre.  Un bref encas en guise de petit déjeuner, une touche de maquillage, un voile de laque sur ses cheveux brossés et Aurore revêt sa toilette d’un jour. Felix doit déjà l’attendre à la mairie du village, sur la petite place ombragée de platanes centenaires, à deux pas. C’est avec infiniment de grâce qu’Aurore parcourt  les quelques mètres qui la séparent encore de son futur époux. Elle l’aperçoit, de son mètre quatre-vingt-quinze il domine l’assistance, parait un peu endimanché  dans son costume neuf, gris-souris. La future mariée ralentit le pas, une larme coule sur sa joue et sa bouche accueille la perle salée. Elle songe à ses parents absents, aujourd’hui, le plus beau jour de sa vie. Ce père et cette mère disparus trop tôt qui la laissent désormais orpheline. Mais déjà Felix la rejoint, l’embrasse et l’emporte vers un avenir plein de promesses.


 

 

 


 

Nous remercions les auteurs et rappelons que les textes leur appartiennent. Toute reproduction est interdite.


La boîte à mots, le jeu : septembre 2018

oct 2018 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de septembre 2018 : cinémathèque, désert, apprécier


voir les règles du jeu ici


Voici les textes que nous avons reçus :


L’Imprévu (Martine)

Fred sort du métro puis s’engage dans la rue de Bercy. A quelques mètres de la cinémathèque française qu’elle n’est pas sa stupeur ! Le parvis est désert. Étonnant à onze heures ! Aucune file d’attente devant le bâtiment ! Seuls quatre vigiles, cachés derrière leurs larges lunettes de soleil, scrutent attentivement les alentours.

– Ma visite semble fichue, songe Fred. Que se passe-t-il ?

Au même instant, Nadège sort de la cinémathèque par une petite porte dérobée. Fred la voit et rapidement va à sa rencontre. A coup sûr son amie va pouvoir le renseigner puisqu’elle travaille ici.

– Hello Nadège!

– Bonjour Fred, comment vas-tu ?

– Je vais bien. Sais-tu pourquoi la cinémathèque est fermée ce matin ?

– Les lieux ont été réservés par un couple V.I.P. pour une visite privée toute la matinée. Les visiteurs en possession de billets électroniques ont été prévenus mais évidemment pas ceux, comme toi, qui ont décidé de venir sans réservation. Il ne te reste plus qu’à revenir cet après-midi.

– C’est ennuyeux. Cet après-midi j’ai autre chose de prévu.

Nadège sourit. Elle reconnaît bien là son ami. Avec lui, pas de place à l’imprévu, tout est programmé. Malicieusement, elle suggère :

– On pourrait peut-être allez prendre un pot ? Enfin, je te dis ça… mais je te laisse apprécier ma proposition.

Fred rougit. Si elle savait combien elle ne le laisse pas indifférent ! Mais sa timidité le freine à exprimer ses sentiments. Pourtant, ce matin, le destin semble lui tendre une « perche ». L’occasion est trop belle pour la laisser passer…

– Avec plaisir, répond-il. Nous pourrions même déjeuner ensemble si tu es d’accord. Tu pourrais aussi m’accompagner à l’Institut du Monde Arabe ensuite si tu n’es pas pressée ?

– Allons-y ! répond-elle dans un éclat de rire.

Spontanément, elle glisse son bras sous celui de Fred et tous deux s’éloignent  gaiement alors que le couple de V.I.P. apparait sur le seuil de la cinémathèque pour s’envoler vers une autre destination.

 


Paris (Caroline)

PARIS est un désert au mois d’août, tout le monde sait cela !

D’habitude j’apprécie le plaisir de déambuler tôt le matin avant que les avenues et mêmes les petites rues ne soient envahies de touristes, dont certains se satisferont de poser au côté d’une statue ou d’un monument historique !

J’en ai vu lors d’une visite à l’opéra Garnier, se prendre en  » selfie » avec le plafond de la rotonde !
Heureusement la Joconde au musée est protégée … Je me promène dans la chaleur installée sur la ville.
J’ai dû rester à Paris afin de régler un léger problème, mari,  enfants et amis sont dispersés aux quatre coins des vacances, de plus, avec regret, j’ai tourné la dernière page d’un « chouette  » bouquin.
C’est toujours un moment difficile, aurais-je le même plaisir avec le prochain livre ?
J’apprécie d’être seule, souvent, mais pas aujourd’hui, que faire ?

Tiens … si j’allais voir un vieux « chef d’œuvre » à la cinémathèque !   Il doit y faire frais …
Je suis installée dans le noir … sur l’écran le film est en noir et blanc… peu de mouvement … peu de paroles… peu d’intérêt… Je suis hermétique au sujet, je m’ennuie !!

Allez ouste !… Je sors de la salle pour me mêler aux touristes et je les regarde avec amusement faire leurs selfies…

 


  Le film (Colette Kirk)

– Mais mamy ! Pourquoi veux-tu que je t’accompagne à la cinémathèque ?

– Parce que je voudrais y effectuer des recherches.

– t quelles recherches ?

– Oh ! Tu sais c’est une lointain souvenir mais que je voudrais, avant de disparaître, le revivre.

– Tu peux préciser et me raconter ?

– J’étais une toute jeune fille et je m’étais mise en tête de devenir, aux grands désespoirs de mes parents, comédienne. Mon père m’ayant menacé de me couper les vivres si je ne continuais pas mes études, je fini par faire ma valise et quitter le toit familial. Les débuts dans le métier furent difficiles. Pour pouvoir me payer les cours d’arts dramatiques, je faisais de la figuration dans certains films. C’est précisément sur l’un d’eux que j’ai besoin de faire une recherche. Le scénario de ce dernier était plutôt banal. C’était une aventure entre un prince arabe et une danseuse de cabaret. Pour je ne sais quel conflit, il y avait également affrontement entre les arabes et la Légion étrangère.  La bataille avait lieu en plein désert. Apparemment le budget du film ne permettait pas de se rendre au Sahara en Algérie, alors ce dernier a été tourné à Ermenonville à « La Mer de Sable ». Pour le décor, quelques rochers de papier mâché, trois ou quatre faux palmiers, des tentes et une petite caravane de vrais dromadaires. Depuis, 1963, je crois  maintenant que c’est un parc d’attractions apprécié par de nombreux visiteurs. Donc pour en revenir à mon film où j’avais un tout petit rôle. Dans ce dernier, habillée en bédouine, je portais secours à un légionnaire gravement blessé qui réclamait à boire, mais le malheureux mourait dans mes bras. Cette scène ne durait que deux ou trois minutes mais a permis à la caméra de fixer pour la postérité mon image que je pensais utile pour ma future carrière de star. Le problème, vois-tu c’est que j’ai oublié le titre de ce film. Le légionnaire était également un figurant, pourtant je me souviens de lui comme dans la chanson : il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Y’avait du soleil sur son front qui mettait dans ses cheveux blonds de la lumière. Je ne l’ai jamais revu sur le plateau d’un autre tournage. Aussi je suppose que mon bel inconnu a depuis pris du ventre, des cheveux blancs et marche avec une canne. Et lui se souvient-il de moi ? Quant à moi, j’ai rencontré un grand brun, costaud qui m’a donné le plus beau rôle de la vie : être sa femme et la mère de ses enfants.

 


Retour à la campagne (Susan)

Aujourd’hui Marie a la nostalgie du pays de son enfance. Ce manteau ouaté de neige poudreuse étalée sous la canopée de la forêt hivernale qui emmitoufle et câline, ce bercement de clapotis au bord du lac où se reflète le ciel étoilé d’été, l’odeur capiteuse des vastes prairies désertes parsemées de genêts jaune vif au printemps… toutes ces choses qui à l’époque lui semblaient mortellement ennuyeuses, maussades et monotones lui paraissent merveilleuses avec le recul. Les longues journées où elle se morfondait, cloîtrée dans sa chambre à observer la pluie incessante d’automne, se sont transformées dans son esprit en moments de paix et de bien-être.

Elle a eu hâte de quitter cet endroit qu’elle n’appréciait guère. Elle rêvait de jolies boutiques aux vitrines captivantes où s’étalaient des robes chamarrées et chatoyantes, de restaurants aux lumières scintillantes, de bals où l’on danse frénétiquement  jusqu’à l’aube, de cinémathèques et de concerts techno, de foules animées respirant la vitalité.

Aujourd’hui grisonnante,  elle réside dans une banlieue morne et déprimante où des gens cohabitent avec autant d’élégance que des carpes affamées dans un bassin étriqué.  Ses oreilles sont assaillies par le fracassement des voitures qui passent et repassent sous sa fenêtre.  Son cœur bat au rythme  des autobus bondés qu’elle attend et qui tardent à arriver. Son corps est imprégné de l’odeur de sauvagine du métro qu’il faut emprunter pour aller au travail. Elle n’est jamais seule mais sa solitude est totale.

Elle attend. Dans trois ans elle prendra sa retraite et elle retournera chez elle à la campagne.

 



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la boite à mots : septembre 2018

sept 2018 -
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Voici les 3 mots de septembre 2018 :  cinémathèque, désert, apprécier

 

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