Author Archives: Si les mots avaient des ailes

la boiteà mots : été 2019 (consigne)

juil 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les  mots de l’été 2019 :

 

  • juillet 2019 :  enchanteur, montagne, attaque, (gâteau, médecin)
  • août 2019 :   panorama, éventail, temps, ( écouter, calme)
  • Et une proposition plus ambitieuse, celle de « dis-moi dix mots » :Cette nouvelle édition est consacrée aux différentes formes de l’écrit : « Dis-moi dix mots sous toutes les formes ».Les dix mots choisis pour illustrer cette thématique sont : arabesque, composer, coquille, cursif/-ive, gribouillis, logogramme, phylactère, rébus, signe, tracé.

    voir le site de « dis-moi dix mots » ICI.


 

Envoyez-nous votre texte, nous publierons ceux qui auront retenu notre attention * sur notre site dans la rubrique la boîte à mots, le jeu  (à retourner au plus tard 2 jours avant la fin du mois  à le-jeu@silesmotsavaientdesailes.fr ).

Pour chaque texte, n’oubliez pas de préciser en première ligne : le titre et le nom de l’auteur (ou pseudo). Merci!


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LA BOITE A MOTS / LE JEU : AVRIL 2019

juin 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots d’avril 2019 : rêver, fraternel, animation
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Voici les textes que nous avons reçus :
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La rencontre (Martine)

Hugo vit dans un petit village près de la forêt de Turini. L’enfant aime s’y promener et retrouver les animaux devenus ses fidèles amis au fil des années.
En cette belle matinée ensoleillée, il est allongé au pied d‘un mélèze en train de rêver lorsque, brusquement, ses paupières deviennent lourdes… mais lourdes ! Alors qu’il s’assoupit doucement, un bruissement près de lui l’incite à entrouvrir les yeux. Une biche aux yeux de velours apparaît.
Hugo lui adresse un petit signe de la main et se lève pour la rejoindre. C’est alors qu’un sifflotement inattendu effarouche l’animal qui s’enfuit à toutes jambes au travers de la clairière Un homme surgit vêtu d’une longue redingote et d’un chapeau haut de forme noir.
L’enfant le regarde et lui dit :
– Elle est partie ! Elle a eu peur de toi.
– Ne t’inquiète pas, elle reviendra, lui répond-il d’un ton fraternel. Mais que fais-tu ici tout seul ? Tu ne devrais pas t’éloigner ainsi de chez toi.
– Je ne risque rien, réplique Hugo. Je n’ai que des amis ici.
L’homme sourit puis s’assoit près de l’enfant. Il sort de sa besace une gourde qu’il vide d’un seul trait. En la remettant dans son sac, il sort, malicieusement, un petit Pierrot tout de blanc vêtu, sous les yeux émerveillés d’Hugo.
Intrigué, l’enfant demande :
– Pourquoi tu te promènes avec une marionnette ?
– Tu vois ce Pierrot est mon outil de travail. Grâce à lui je présente des spectacles et je ravis ainsi les enfants…mais aussi leurs parents.
– Tu veux bien me faire un spectacle, rien que pour moi ? implore Hugo.
– Si tu veux, répond l’homme en installant le pantin entre ses doigts.
Soudain, un terrible grondement emplit le ciel, suivit d’un déluge de pluie et grésil. Hugo se pelotonne près du tronc d’arbre alors que l’homme ouvre sa gabardine pour le protéger.
Ils restent ainsi plusieurs minutes, serrés l’un contre l’autre, avant que le ciel ne retrouve sa joie de vivre. Hugo lève les yeux vers l’homme. Ce dernier l’observe et lui dit :
– Trop tard pour le spectacle ! Je dois partir. Mais si tu veux, tu peux venir me voir demain en fin d’après-midi au village de la Bollène-Vésubie. Je ferai mon spectacle à dix-sept heures sur la place de la mairie.
Hugo est dépité mais déjà l’homme se lève, le salue puis s’éloigne sur le sentier.
Un pépiement au-dessus de sa tête interpelle l’enfant. Il ouvre un œil, puis l’autre et constate qu’il est allongé sur le sol sec près du mélèze. Pas de trace de la biche, ni de l’homme…Aurait-il rêvé ?
Au loin, retentissent les bruyantes animations du marché hebdomadaire installé sur la place de l’église. Hugo se lève, fait quelques pas puis se retourne au cas où l’homme au pantin réapparaîtrait. Mais personne ! Il est bel et bien seul…


 

L’étudiant (Colette Kirk)

C’est une partie de l’histoire que seuls les anciens connaissent pour l’avoir vécu.

– Alors ! C’était quand grand-père ?
– Ben ! Je ne me souviens pas exactement, mais à cette époque j’étais jeune, je devais avoir 18 ou 19 ans. J’avais quitté la ferme de mes parents, car depuis mon enfance, mon rêve était d’être médecin et de devenir ensuite académicien. Je croyais que « l’académie » était une maladie grave, aussi j’étais décidé à la combattre et de sauver l’humanité en l’éradiquant. Je me suis inscrit dans une école de médecine à Paris. Je ne sais plus laquelle d’ailleurs et pendant des mois j’ai suivi assidûment tous les cours. Je ne comprenais pas pourquoi les autres étudiants se moquaient de moi quand je leur disais quelle spécialité j’avais choisi.
– Ils devaient te prend pour un petit rigolo !
– Et je l’étais. Aussi lorsque je me suis enfin rendu compte que je « marchais à côté de mes pompes » j’étais tellement déçu et déprimé que j’ai voulu me jeter dans la Seine depuis le Pont Neuf. Heureusement que dans un élan fraternel les copains m’ont retenu. .
– Et après ?
– Comme on était tout un groupe et qu’on remontait le « Boulmiche » d’autres gars se sont joints à nous, puis d’autres encore et même des ouvriers qui réclamaient je ne sais plus quoi. On a même fait des barricades et on s’est affronté avec des CRS. Ah ! Là, je peux te dire, qu’il y avait de l’animation, Ça cognait de tous les côtés. Les pavés volaient dans tous les sens. Et vas-y que je te tape et vas-y que je te matraque Quelle ambiance !
– Et après ?
– Après je ne me souviens plus très bien, j’ai reçu un coup sur la tête et je me suis réveillé à l’hôpital. Depuis il m’arrive d’avoir des absences. Mais attends donc, je crois que oui ! C’est ça, ça me revient, c’était en 68 !

 


 

LA DESSINATRICE CROATE (François)

Elle m’a plu dès que je l’ai vue. Sur l’instant, j’eus la certitude qu’elle serait la mère de mes enfants. Il me serait impossible d’expliquer pourquoi. Certes, elle était jolie mais, au-delà de cela, il émanait d’elle de la grâce, du charme, de la douceur et de la bonté. Elle échangeait une conversation animée avec une autre fille brune, probablement une amie. J’ai immédiatement cherché à définir le pays d’où elles pouvaient venir, Grèce, Turquie, Bulgarie, Croatie, Serbie, Albanie. Elles ne pouvaient provenir que d’un pays bordé par la Méditerranée tant leurs cheveux étaient noirs et leur peau mate. Chacune avait un grand carton vert coincé entre les pieds. J’en conclus qu’il s’agissait d’artistes passionnées, à en juger par l’enthousiasme que révélait leur tête à tête. Je m’efforçai de ne pas trop la fixer malgré ma difficulté à détacher mon regard de ces deux jeunes femmes qui devaient avoir entre vingt-cinq et trente ans, comme moi.
Nous n’étions que tous les trois dans cette salle de classe dont une grande baie vitrée derrière moi donnait sur la rue. J’étais assis à une table tentant désespérément, depuis quelques minutes, de reprendre la rédaction de mon récit tant j’étais troublé.
Et puis, elle a tourné son visage vers moi. Elle n’était plus jolie, elle était belle, sublime. Elle m’adressa un sourire plein de grâce et de gentillesse. Un sourire ravissant que Leonard de Vinci n’aurait sans doute jamais su peindre. J’étais sous le charme et, surpris, j’ai craint de ne lui avoir renvoyé qu’un rictus terne et ridicule.
Pendant qu’elles continuaient leurs débats auxquels je ne comprenais rien, j’abandonnai mes aventures romanesques couchées sur papier pour rêver en survolant les chauds rivages des mers Egée et Adriatique.

Elles se sont embrassées, caressé la joue et ma belle est passée devant moi en m’adressant un joli geste de la main que, présomptueux, j’interprétai comme un au revoir, une invitation à une nouvelle rencontre. Elle ouvrit la baie vitrée.
Je tirai aussitôt ma chaise pour tenter de la retenir mais elle avait déjà disparu dans les petites rues pleines d’animation du quartier latin.

Il me fallait absolument savoir qui elle était, d’où elle venait, ce qu’elle faisait. Je me suis précipité vers la directrice de la bibliothèque qui trônait au bureau d’accueil.
Je devais faire preuve de beaucoup de ruse pour obtenir des informations sans éveiller les soupçons.
– Pardon madame, une jeune fille vient de quitter la salle 3 où j’étais en train d’écrire. Je crois qu’elle vient de temps en temps ici et elle m’a laissé un message auquel je voudrais répondre. Connaissez-vous son adresse ?
– Désolé, mon garçon. Les seules choses que je sache sur elle sont qu’elle suit des cours de dessin, qu’elle est croate et qu’elle habite dans un petit appartement près d’ici. J’ignore où exactement. Mais il est vrai qu’elle est une habituée des lieux.
– Merci, madame. Je reviendrai.
– Avec plaisir, à bientôt.

Elle ne croyait pas si bien dire. Je suis revenu le lendemain, le surlendemain sous prétexte de finir mon roman à peine ébauché. Le week-end me parut être une éternité. Je le passai à sa recherche en parcourant une bonne partie de l’arrondissement depuis la place Saint-Michel jusqu’au bas de la rue Mouffetard après avoir arpenté le boulevard Saint-Germain.
Le dimanche, en fin d’après-midi, place de la contrescarpe, me vint alors une idée que, sans modestie, je jugeai lumineuse : apprendre sa langue.
Fier de moi, je rentrai dans mon studio de la rue Monsieur le Prince et consultai aussitôt internet en quête d’une adresse de cours privés qui, si je la retrouvais un jour, me permettraient de communiquer avec elle.
Je trouvai rapidement ce que je cherchais. C’était près de l’Odéon, à une portée d’arbalète de mon appartement. Je m’inscrivis aussitôt pour des leçons qui allaient commencer dix jours plus tard.
Je profitai de cette semaine pour retourner quotidiennement à la bibliothèque. J’y restais du matin jusqu’au début de soirée. Quelle déception et quelle tristesse !, elle ne franchit jamais le seuil de la porte.

Mais, je m’obstinai.
Les cours commencèrent et j’avoue que j’ai souffert au début. C’est une langue tellement différente de la nôtre, surtout le mouvement des lèvres.
Un mois passa. Grâce à ma volonté et un immense espoir, je progressai assez rapidement, d’après les dires de mon professeur. Nous étions une dizaine à partager son enseignement. Avec des motivations différentes, de tous âges, nous avions tous le désir de réussir ce qui était pour certains une nécessité et pour moi un plaisir qui, toutefois, me procurait beaucoup de frustration.

C’était devenu une sorte de rituel. Tous les jours, je passais devant la baie vitrée de la salle 3 et, peu à peu, le furtif coup d’œil que je jetais à l’intérieur traduisait ma résignation croissante à ne plus jamais la revoir.

Je continuai à suivre les cours de cette langue imprononçable. Au terme de deux mois de travail intense, je me rendis compte que je commençais à la maîtriser suffisamment pour tenir une conversation simple. J’en tirai une inutile fierté.

Un peu désespéré, je passai à nouveau devant la salle 3 de la bibliothèque et tournai la tête vers la droite comme un automate.
Mon Dieu ! Ma ténacité était enfin récompensée.
Elle était là penchée sur des feuilles de dessin, la main appliquée à illustrer un paysage de ville fortifiée en bord de mer.
Je ne sais si j’ai souri ou pleuré, sans doute les deux.
La baie était fermée de l’intérieur.
Alors, j’ai fait quelques mouvements de bras, j’ai sautillé tel un gosse pour attirer son attention.
Le soleil derrière moi m’a considérablement aidé en projetant mon ombre agitée sur le sol devant elle.
Elle se tourna vers la fenêtre et, gênée par la lumière, elle plissa ses beaux yeux verts qu’elle écarquilla aussitôt avec un magnifique sourire qui me parut traduire une joie sincère.
D’un geste de la main, elle m’invita à la rejoindre. Mon bonheur dut se lire sur mon visage car elle m’exhorta à plus de rapidité.

Dès que je suis entré dans la salle, elle se leva et se dirigea vers moi pour m’enlacer chaleureusement. Je la serrai dans mes bras en cherchant, en même temps, à lui transmettre mon bonheur de la revoir et à marquer une convenable retenue. Aussi, mon étreinte fut presque fraternelle.

D’un geste gracieux, elle m’invita à m’asseoir près d’elle et me montra ce qu’elle esquissait de sa ville natale. Je reconnus rapidement la citadelle de Dubrovnik que j’avais souvent visitée sur Google Earth pendant toutes ces semaines où je m’étais nourri de la culture de son pays.
Elle posa son crayon et s’adressa à moi dans sa langue. Je réussis à comprendre que c’était un projet important pour elle commandé par l’ambassade de Croatie. Je l’en félicitai par de vifs applaudissements.

Et puis, nous nous sommes présentés. Ana, Martin.
Nous avons échangé longuement sans souci de l’heure. Je m’efforçai de pratiquer au mieux pour la première fois ce que j’avais appris mais, parfois, à son large sourire amusé, je me rendais compte que je commettais des fautes.
Gentiment, elle me corrigeait. Elle s’exprimait lentement.

Lorsque, à la demande de la directrice, nous avons dû quitter les lieux, sur le trottoir, je lui ai pris la main. Je n’ai même pas réfléchi, c’était une évidence.
Non seulement, elle accepta mon geste mais encore elle serra la mienne avec beaucoup de tendresse.

Voilà, tout cela s’est passé il y a trois ans.
Aujourd’hui, nous sommes tous les deux penchés sur le berceau de notre petite fille aussi belle que sa Maman, Teadora,
Dans quelques mois, chez nous, Tea apprendra deux langues, le français pour parler avec moi et, pour communiquer avec Ana, celle que j’ai eu tant de mal à apprendre, la langue des signes.

 


 

Un jour gris (Camille)

C’est un jour gris sur le calendrier. Aujourd’hui je ne me réveillerai pas. La sonnerie matinale de la boîte à tic-tac ne me sortira pas de mon rêve. Tic-tac, tic-tac, tournent les aiguilles, je ne me lèverai pas. Les douze chevaux du voisin ne viendront pas me tirer du sommeil. Ils dorment dans leur écurie métallisée comme tous les bourrins du quartier.
Ce matin tout est endormi. Dans une bienveillance fraternelle, chacun veille sur le sommeil de l’autre. C’est un jeu où le premier qui bouge aura un gage. Un deux trois soleil, le voilà qui se lève dans son voile rose. Et voilà le merle qui s’autorise à rompre le silence. « Le monde est à ceux qui se lève tôt ! » Chante-t-il en déployant toute l’énergie de sa petite gorge noire. Je m’éveille au son de cette douce mélodie, aux premières lueurs du jour. Le gage sera pour lui. Le ténor au bec jaune devra chanter chaque matin jusqu’à la fin de l’été.
On entend une sirène au loin, la voisine commence à s’agiter. L’animation de la rue, la vie s’invitent dans ces premières heures paresseuses. Le vent apporte la douceur des jours anciens, l’appel des cloches dans le lointain. L’église n’est pas si loin. Et si l’on allait à la messe dans ce jour de paresse ?

C’est une jour gris sur le calendrier, c’est un jour férié. Sans réveil, je m’éveille à la beauté de cette journée.


 

Repos d’après repas (Monique)

La sieste est un art, celui de l’inaction.
Nul besoin d’être virtuose dans le maniement de l’archet ou du pinceau, d’édifier avec maestria palais, châteaux ou cathédrales, de modeler de gracieux visages d’argile, de rédiger poèmes et pamphlets…
Rien de tout cela pour une bonne sieste, juste un frugal repas et un emploi du temps élastique.

En hiver, dans le salon, calée dans le canapé à l’odeur de cuir patiné, défoncé par les ans, usé et décoloré par les caresses, le dos soutenu par d’épais coussins, les pieds posés l’un sur l’autre sur la table basse du salon, je plonge dans la rêverie. Le cocon est douillet, dehors un vent glacial souffle dans les branches dépouillées.

Aux beaux jours, c’est vautrée dans le transat, à l’ombre de la tonnelle, que je me plais à rêver. Tout est silence. Les oiseaux se sont tus, eux aussi doivent profiter de la quiétude du début d’après-midi.
Le banc du jardin public me parait moins propice à l’assoupissement. Au loin les coques vides des bateaux, navires désertés, balancent gentiment en attendant leurs jeunes équipages. Assise, le corps plié en deux, façon angle droit, la tête dodeline de bâbord à tribord et finit par basculer lourdement en avant, menton sur la poitrine. Alors le réveil est brutal. Seule une épaule fraternelle peut rendre la place aimable.
C’est pourquoi, je préfère, si le règlement l’autorise, m’allonger dans l’herbe fraiche, mains croisées sous la nuque, à tutoyer pâquerettes et boutons d’or.
L’endroit est encore calme, point d’animation. Dans une heure, une horde de marmots joyeux et braillards investira les lieux.

Ici ou ailleurs, l’esprit finit par s’abîmer dans d’agréables rêvasseries, les yeux par papillonner. Le livre, compagnon des premiers instants, se referme doucettement. La respiration se fait régulière, la pénombre bienfaitrice. J’oscille entre rêve et réalité comme un funambule sur son fil, entre audace et crainte, entre équilibre et chute.

Enfin, je m’évapore.

Le monde peut bien s’agiter hors des murs, derrière la grille du jardin, je flâne dans ma tête, mais c’est bien de flâneries que naissent les livres !


 


Nous remercions les auteurs et rappelons que les textes leur appartiennent. Toute reproduction est interdite.


la boite à mots : juin 2019 (consigne)

juin 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de juin 2019 :  retour, hippodrome, souffler

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la boite à mots : mai 2019 (consigne)

mai 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de mai 2019 :  école, opéra, papier

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Retour sur notre atelier : La poésie du tango

avr 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Dimanche 31 mars 2019 comportait une heure en moins, en raison du « passage à l’heure d’été » mais cette journée n’en a pas moins été riche en musicalité. En effet le temps d’un après midi ce dimanche-là, Françoise Siri nous a accompagnés dans la découverte de la poésie du tango. Après une introduction permettant d’identifier les spécificités de la poésie contemporaines et les « ficelles » de l’édition, nous avons laissé venir les mots, les idées et les images portés par des tangos d’Osvaldo Pugliese et d’Astor Piazzola. Le temps de partager la lecture de nos poèmes et le stage était déjà terminé.

Mais afin de  prolonger ce partage ou pour ceux qui n’avaient pas participé au stage, il est possible et même… il faudrait lire « Traversée tango », recueil de poèmes de Françoise Siri  http://revue-texture.fr/traversee-tango.html
Et puis, embarquons avec les musiques de tango afin de découvrir les poèmes qui sommeillent secrètement en nous…

voir aussi notre article présentant cet atelier/rencontre ICI


voici quelques textes écrits pendant cet atelier :

La minute d’après

Tanguer, verser, renverser

la minute d’après chahute les sens
la veine bleue charrie son rouge sang

le cou emporté jette un dernier sort
la bouche fardée se ferme sur le cri du corps
le menton souverain se cache
les regards lumineux se lâchent
l’épaule amante s’enfuit
la mèche folle s’assagit

la main décousue délaisse son empreinte
la hanche endimanchée se réfugie dans son écrin
le buste soupirant retient son troublant mystère
la jambe dernière larme de chair fend l’air
la sueur perlante signe le pacte
la musique domptée s’éclipse avec tact

Tanguer, s’égarer, se redresser
bonheurs titubants

Vivants

Vivants

PLL

Tango, je te chéris :
Car tu mets dans tes notes,
Tous mes désirs enfouis,
Et cela dénote… et cela connote…

Patrice

 

Poésie de la pluie

le trottoir brille sous nos pas fatigués
contre ta hanche je m’appuie
les battements de mon cœur s’apaisent

AP

Oh les maux
A fleur de peau
Dis-moi Tango
La douleur des heures sombres
Quand dans la supplique des notes
Le bandonéon appelle les corps
Tous ces sons qui frappent la peau
Avant le peau à peau
L’envie de vivre et d’hurler
L’envie d’embraser et d’embrasser
Alors Tango
A fleur de peau
Laisse les corps se libérer et danser

Catherine

Danse hauturière

Le rideau s’ouvre sur trois notes
Amère cruelle rouge

Les amours ont largué leurs amarres
Elles sèchent leur sel le long des joues
Elles brûlent leurs épines au fond des gorges
Elles dérivent en haute mer au péril des grands creux

Entre deux tempêtes sous la main gauche
Le tango lent des violences de l’exil
Se drape au piano de grappes dissonantes
Se nappe aux violons d’unissons funèbres

Tout un peuple accoste écorché
Au bar du port et sort ses lames
La bande aux néons s’abandonne
Au son du sang chaud qui s‘écoule

D’un accord frappé
La plainte en point d’orgue
Au bal sans fin
Jamais ne s’éteint.

Denis

la boite à mots : avril 2019 (consigne)

avr 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de avril 2019 : rêver, fraternel, animation

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LA BOITE A MOTS, LE JEU : MARS 2019

avr 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de mars 2019 : patienter, enfant, lune


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Voici les textes que nous avons reçus :



 

La lune et l’enfant (Paulette Poujaud)

 

Lucile aimait regarder le ciel, la nuit, avec son grand-père féru d’astronomie, qui lui expliquait les constellations, les planètes.

L’enfant était peu à peu fascinée par ces histoires et elle savait qu’elle devait patienter jusqu’à la tombée du jour pour que son grand-père installe sa lunette astronomique dans le jardin.

Elle pouvait contempler la lune et les étoiles de plus près.

Un soir, son aïeul lui raconta que vingt ans avant qu’elle ne vint au monde, le 21 juillet 1969, deux hommes avaient marché sur la lune.

Cet événement incroyable étant retransmis partout sur la planète, toute la famille, alors en vacances loua pour la circonstance un poste de télévision.

Et tous, parents et enfants, même la maman de Lucile, alors âgée de six ans, veillèrent une grande partie de la nuit, pour ne rien manquer de ce spectacle.

Quand tous virent les images tremblotantes de l’astronaute descendre l’échelle et poser le pied sur notre satellite, ce fut un véritable conte de fée pour les adultes et les plus jeunes.

Le temps s’est écoulé depuis cet événement, mais il demeurera dans l’histoire comme le fait le plus marquant du XXème siècle.

Malgré cela, Lucile demandera encore longtemps à son grand-père « Pourquoi la lune continue-t-elle à me regarder avec ces grands yeux ? »

 

 


 

 

Les « espérouquères » dans le Béarn (Colette Kirk)

 

En cet automne 1946…

 

Le maïs venait d’être récolté et les épis étaient entassés par terre, en un long tas, au milieu de la grange. Après avoir déblayé tous les murs au ras du sol, on avait disposé des bancs de fortune (de grandes planches reposant sur deux billots à chaque bout) autour du tas d’épis tout en laissant un espace d’environ un mètre jusqu’aux murs. Au centre,  sur le tas on avait posé de gros paniers.

 

Vers vingt heures, les voisins commencent à arriver pour une longue soirée de travail en commun.

 

Car on a cette coutume dans le Béarn !

 

Après s’être salué et s’être enquis de la bonne santé de chacun, le maître de maison offre le verre de bienvenue et l’on prend place sur les bancs. Il y a déjà de l’ambiance, rires et bonne humeur, la soirée s’annonce joyeuse, il y aura du rendement !

 

Car on est convivial et besogneux dans le Béarn !

 

Certaines épouses, filles et belles-mères ont accompagné les hommes. Plus il y a de bras, plus vite la tâche sera accomplie. Pour le moment les femmes sont en cuisine afin de préparer les en-cas qui seront servis pendant la soirée. Les gourdes sont remplies de vin frais et le café prêt à passer.

 

Car on a le gosier sec dans le Béarn !

 

Quelques jeunes gens reluquent déjà en douce les candidates au mariage. Ils se connaissent bien, car ils ont été à l’école ensemble, mais devant les parents, ils sont un peu intimidés. Aurons-nous une noce l’an prochain et peut-être même plus vite qu’on le croit.  Les futurs n’ont pas toujours le temps de patienter.

 

Car on est un peu coquin dans le Béarn !

 

Une fois installé, chacun sort de sa poche son « espérouquette ».  C’est un simple morceau de bois épointé de la taille d’un gros crayon dont la longueur varie selon  la main qui s’en sert (pas plus de 10cm). Certaines sont patinées par des années d’utilisation. Le bout opposé à la pointe est percé pour recevoir un cordon que l’on passe au poignet afin de ne pas la perdre pendant le travail. Car autant chercher une aiguille dans un tas de foin ou……. dans un tas de maïs. Elle s’utilise quand l’épi de maïs est encore enfermé dans son enveloppe sèche « la péroque ». On perce celle-ci avec l’espérouquette par le haut, on la fend, puis on la rabat vers le pied de l’épi et d’un coup sec et net on sépare le tout. On lance l’épi dans le grand panier et la péroque par-dessus l’épaule entre le mur et le banc. Elle servira à confectionner des matelas pour les enfants qui font encore pipi au lit. Elle allume aussi très bien le feu.

 

Car on sait tirer parti de tout dans le Béarn !

 

Le travail ne se fait pas dans le silence. Les uns y vont d’une petite histoire ou anecdote arrivée à un ancêtre, un voisin, voire à soi-même et cela fait rire l’assemblée. D’autre racontent quelques blagues un peu égrillardes qui font rougir les demoiselles et pouffer les garçons. Même les grands-mères n’ont pas leur langue dans leur poche.

 

Car on aime bien les « gasconnades » dans le Béarn !

 

Pendant ce temps les gourdes de « Petit Rosé du Béarn » frais, circulent et chacun de boire à la « régalade », juste deux ou trois gorgées (pour s’éclaircir la voix). Justement, une belle voix de baryton entonne « Montagnes Pyrénées » repris en chœur par les ténors et sopranos, et tout le répertoire béarnais y passe.

 

Car on a de l’organe dans le Béarn !

 

Lorsque tout est dépouillé, les espérouquettes disparaissent dans les poches et sont remplacées par les « opinels » qui taillent de larges tranches de pain généreusement tartinées de pâté maison et de bons fromages de chèvres. De délicieuses tartes aux fruits de saisons, pommes et raisins, sont également bien appréciées. Et les gourdes passent et repassent pour faire « descendre ».

 

Car on a de l’appétit dans le Sud-Béarn !

 

Les filles et les garçons se sont réunis, assis sur le tas de « péroque ». Ça rigole bien, mais discrètement sous l’œil  sévère ou attendri des aïeules.

Puis l’heure de se séparer arrive, la lune est déjà haute dans le ciel et il faut reprendre des forces après cette longue journée et soirée de labeur. Mais le travail ne fait pas peur.

 

Car on a du courage dans le Béarn !

 

Les maîtres de maison remercient de l’aide apportée et après de franches poignées de mains et des « Adious » chacun regagne son logis.

 

Demain sera un autre jour avec leurs durs travaux des champs et… Ils se retrouveront, le soir, chez « Lou Henrio » et encore et encore dans les fermes voisines jusqu’à la fin des « Espérouquères »…

 

C’est qu’on a de l’entraide dans le « BEARN » !

 

 


 

 

Haïku (Corinne P.)

 

L’enfant patiente

Dans son rêve un ballon

Lune de l’aube

 

 

 


 

 

La fête nationale (Martine)

 

– Waouh ! La belle bleue ! Et la belle rouge, crient les enfants émerveillés en admirant, bouche bée, les fusées du feu d’artifice qui illuminent le ciel varois.

En ce 13 juillet, les festivités battent leur plein : le bal musette s’est installé sur la place Charles de Gaulle et égrène quelques notes entraînantes pour appâter les danseurs encore timorés, alors que la fête foraine harangue les badauds à l’aide de puissants haut-parleurs.

Un timide quartier de lune hésite à se mêler à la liesse générale et tamise la plage déserte alors que de nombreuses embarcations ont pris place, au large, depuis la fin d’après-midi. Il leur faudra patienter longtemps pour rentrer au port car cette fois-ci l’embouteillage ne sera pas sur la route reliant Cagnes-sur-Mer à Saint Laurent-du-Var mais bien sur la Méditerranée.

Le bouquet final s’achève et les pépites de lumière s’évanouissent dans les paisibles flots argentés. Les premiers spectateurs se lèvent. Est-ce qu’ils iront esquisser quelques pas de danse ou préfèreront-ils s’essaimer parmi les attractions foraines ?

C’est alors qu’une toute petite voix s’élève juste derrière moi :-

Dis ! Est-ce que je pourrai avoir une barbe à papa s’il te plaît ?

Je détourne la tête et aperçois une jolie fillette qui regarde son père avec des yeux implorants… Instinctivement je regarde ma montre : onze heures quarante ! Ah ! Les douceurs de l’enfance… Mais déjà le père et l’enfant se dirige vers le stand tant convoité.

 

 


 

L’aventure (Caroline)

Mon engin interstellaire file dans l’espace de notre galaxie …
Seul aux commandes de mon petit vaisseau spatial, je suis chargé d’une mission de la plus haute importance  : je dois négocier avec les autorités marsiennes l’implantation d’une base venant de la Terre afin de resserrer les liens d’amitié qui unissent nos deux peuples .

J’ai encore un peu de difficultés avec l’aspect des marsiens ;  ces petits êtres verts, leurs trois yeux doux et leurs cinq longs bras qui bougent en permanence.
La langue qu’ils parlent aussi ça n’a pas été facile ! … Des petits sifflements modulés par un assez joli petit bec qui change de couleurs selon leurs humeurs !
Leur générosité et leurs honnêteté sont sans faille, et les terriens , paisibles depuis la 89ème guerre mondiale, semblent s’être assagis durablement .
L’avenir est sur la bonne voie et bientôt des roses et des carottes pousseront dans les serres potagères …..
Plus de faim … plus de misère … Les peuples intergalactiques enfin unis grâce à moi ! … Mais qui arrive là ??

OH NON ! C’est Dark  Vador !

Clic clic. (Claquements de doigts)… Tu es encore dans la lune mon enfant !
Ma patience est à bout ! … Tu resteras ce soir en retenue pour faire le problème que tu n’as pas compris !


 

En descendant vers le Sud ( François)

 

Quelle merveille cette moto ! Depuis que je l’ai achetée il y a deux mois, je n’ai pas eu la possibilité de la tester sur un long trajet. J’ai dû me contenter des allers et retours quotidiens depuis la maison jusqu’à mon entreprise mais elle me comblait de bonheur. J’avoue que, déjà, j’en étais fier : grosse cylindrée, belle ligne. Mes amis m’en félicitaient avec, je crois, un peu de saine jalousie.

Mais depuis que j’ai quitté Paris hier soir, je peux apprécier la tenue de route et la puissance que vantaient les sites spécialisés sur internet et le vendeur de la concession.

Je ne me suis pas privé de quelques folies entre Paris et Clermont-Ferrand pour me faire plaisir et tromper l’ennui de ces interminables lignes droites où il faut lutter contre le sommeil.

Ma femme Camille me suit en conduisant le camping-car. Il a fallu que je la convainque de m’accorder ce moment de bonheur alors que nous aurions pu tracter mon bolide et faire le voyage tous les deux. Cela a été d’autant plus difficile pour elle que nous avons décidé de laisser les enfants à leurs grands-parents pour passer une semaine en amoureux à l’occasion de l’anniversaire de notre mariage, il y a maintenant quinze ans.

Elle reste derrière moi, par sécurité disait-elle avant de partir mais je crois surtout que cela la rassure.

Je sais qu’elle n’apprécie pas les quelques accélérations que je me suis permises. Après ces courts instants de fantaisie, j’ai ralenti de façon sensible pour qu’elle me rejoigne. A chaque fois, j’ai remarqué dans mes rétroviseurs les appels de phares désapprobateurs.

Il y avait dans tout cela une complicité amoureuse et je suis sûr qu’elle était heureuse pour moi. Je me reproche maintenant de ne pas avoir acheté l’appareil qui nous aurait permis de nous parler pendant notre périple.

 

A six heures du matin, l’escale près du pont de Millau nous a fait du bien à tous les deux.

Jusque-là, nos arrêts avaient pour seul but le plein d’essence de ma gourmande moto et, poussés par l’envie d’arriver au plus vite à Collioure, nous repartions après un rapide café chaud pris dans ces stations sans âme.

Cette fois, nous avons décidé de faire une vraie pause profitant des premiers rayons du soleil illuminant une magnifique pleine lune. Nous nous sommes allongés somnolant sur le lit de notre maison ambulante, serrés l’un contre l’autre. Le voyage anniversaire s’annonçait sous les meilleurs auspices.

 

Nous nous étions fixé de repartir à sept heures et nous nous y sommes tenus. J’avoue que j’étais plus enthousiaste que Camille à qui la perspective de reprendre le camping-car ne procurait qu’un plaisir limité.

Ma joie était d’autant plus intense que, connaissant cette route parcourue de nombreuses fois en direction de la Catalogne, je savais que nous allions aborder des passages de cols sinueux, traverser des paysages sublimes dans  le Larzac.

L’Aubrac est déjà loin. Il fait jour, le soleil apparaît distinctement sur ma gauche.

La route est un véritable enchantement. Je pense à tous ces villages que j’ai toujours souhaité connaître sans, malheureusement, prendre le temps de les visiter. Il faudra absolument revenir l’année prochaine, elle et moi, pour découvrir ces superbes endroits chargés d’histoire.

Leurs noms résonnent à mes oreilles comme des appels auxquels je suis resté sourd jusqu’à présent, Marvejols, Séverac-Le-Château, Saint-Guilhem-le-Désert, la Couvertoirade et bien d’autres encore.

Patientons ! Chaque chose en son temps. Et d’ailleurs, nos jeunes enfants accepteront-ils que nous nous autorisions une nouvelle escapade sans nous reprocher de les abandonner encore pour vivre nos plaisirs égoïstes ?

Décidément, ma bécane est vraiment géniale. « Elle ne demande qu’à partir », comme disait mon père en parlant de sa Citroën GS dernier cri. Je suis ébahi par la qualité de ses reprises et de sa tenue de route. Le freinage est efficace. Je suis porté par un sentiment de sécurité que, toutefois, je dois contenir pour ne pas commettre d’impairs. Petit à petit, je sens que je maîtrise de mieux en mieux ma machine dans toutes les conditions que m’offre cette partie du trajet, lignes droites, virages, montées, descentes, plats.

Je ne sens plus la fatigue. Les brumes matinales laissent lentement la place au soleil au fur et à mesure que monte la chaleur en provenance de la Méditerranée dont on s’approche.

 

J’attends avec impatience la descente vers Lodève. Elle est très pentue. Même en voiture, elle a toujours été, pour moi, un moment magique agrémentant un voyage long, parfois pénible, souvent ennuyeux

Je sais que tunnels et courbes vont se succéder. A droite, la vallée profonde, à gauche, un mur de pierre.

Plus que quelques kilomètres. Je suis comme un gamin à l’approche de la nuit de Noël, impatient, excité.

Camille doit être loin derrière moi, je l’attendrai sur une aire vers Clermont-L’Hérault, c’est ce dont nous sommes convenus. La pauvre, elle ne doit pas s’amuser, elle.

 

Le col n’est plus très éloigné. Bien que nous soyons en milieu de semaine, la circulation est assez dense. Les innombrables étrangers ont dû quitter leurs aires de repos où beaucoup ont pour habitude de passer la nuit. Je m’intéresse à leurs provenances en regardant chaque plaque d’immatriculation. La grande majorité vient de Belgique et des Pays-Bas. C’est à peine croyable, ils sont si nombreux que j’imagine ces pays vidés de toute leur population.

Les routiers ont également repris la route, des espagnols, des polonais ou encore lituaniens.

 

Enfin, j’y suis. Je vais pouvoir amorcer la descente.

Un petit coup d’accélérateur pour le plaisir mais je sais que je vais devoir être prudent d’autant que cette portion de route est jalonnée de radars avec parfois des limitations de vitesse très réduites.

Il faut ralentir. Un léger appui sur la pédale de frein.

Que se passe-t-il, le frein ? Il ne répond pas. J’essaie à nouveau. Oh non, la pédale est restée enfoncée !!

Il semble que le câble se soit cassé. Immédiatement, je suis pris de panique. Je roule à près de cent-vingt kilomètres/heure et je n’ai plus de frein à l’arrière.

J’essaie encore d’exercer quelques pressions pour voir s’il ne s’agit pas d’un simple blocage momentané. Non, rien à faire, elle reste immobile.

Je décélère mais le moteur reste figé au même régime. Je ne peux pas ralentir. La poignée est inopérante.

 

Eh gars, tu te calmes ! Il y a sûrement une solution, celle d’utiliser au mieux le frein avant avec doigté et précision.

Surtout, ne pas y aller trop brusquement pour éviter le dérapage qui serait catastrophique au milieu de toutes ces voitures.

Ma main droite serre la poignée doucement.

C’est pas vrai ! La poignée reste collée au guidon sans que la moto ait perdu de vitesse !!! La peur m’envahit en un éclair.

Il faut que je gère la situation tout en restant concentré sur la route. Je viens d’éviter de justesse une voiture qui a freiné à l’approche d’un radar. J’ai vu le flash, il est pour moi. Non seulement, ma moto est en panne sérieuse mais je risque de perdre mon permis de conduire. C’est l’enfer.

Attention ! Ouf, le camion est passé très près.

Avant toute chose, je dois tenter de faire comprendre que je ne maîtrise plus mon engin.

J’allume le warning et le phare avant.

L’effet est à l’inverse de ce que j’attendais.

Par leurs gestes de main, je comprends que quelques conducteurs me prennent pour un fou. D’autres témoignent de leur hostilité par des coups de klaxon ou des appels de phares.

Encore une voiture évitée. Je fais un signe de la tête pour m’excuser mais le conducteur me fait un bras d’honneur, il a dû croire que je me moquais de lui.

 

Il ne me reste plus que deux solutions qui ne s’excluent pas. La première consiste à zigzaguer, la seconde à baisser les rapports. C’est un risque que je dois prendre coûte que coûte. A plus de cent, passer de la sixième à la cinquième peut avoir des effets néfastes et définitifs mais je n’ai pas le choix à l’entrée du tunnel qui se profile.

J’y pénètre tous phares allumés. Les véhicules en face me renvoient des appels, ceux que je dépasse m’insultent à coups d’avertisseurs. Un véritable « sons et lumières » accompagne ma descente aux enfers.

Je décide de changer de vitesse dès la sortie de l’obscurité. Quelques instants qui me paraissent une éternité.

Enfin, la lumière du jour. Mon pied positionné sur la pédale appuie doucement.

Je vis l’horreur car rien ne se passe. Je n’ose croire à un sabotage mais une accumulation de tant de problèmes mécaniques sans aucun lien me fait envisager le pire. Je ne suis pas parano mais tout de même !

Un deuxième flash de radar atteste de mes excès. Mes points de permis en prennent un sacré coup. Si mes comptes sont bons, il ne m’en reste plus que deux.

J’entame alors ce qui me semble être la dernière solution, réaliser de francs zigzags.

Si jusqu’à présent, je suis passé pour un fou, maintenant les passagers des véhicules dépassés et croisés doivent me qualifier de dément.

J’abandonne rapidement cette dernière stratégie car elle est trop dangereuse pour moi comme pour les autres.

Bon sang, comment n’y ai-je pas pensé avant ? Il suffit de couper l’alimentation en essence en actionnant le petit levier sur la droite du moteur. Je tâtonne en essayant de ne pas me brûler. Je ne dois pas non plus quitter la route des yeux bien que je sois penché à la recherche de la manette. Super, je l’ai trouvée. C’est insensé, elle non plus ne veut rien savoir, je n’arrive pas à la basculer à l’horizontale. Maintenant, j’en suis certain, cette moto a été trafiquée pour me tuer. Dire que j’ai fait le plein très récemment !!! Quel manque de chance, je vais devoir continuer jusqu’à la panne de carburant.

 

Et se produit ce qui devait arriver, j’aperçois dans mes rétroviseurs les gyrophares d’une voiture de gendarmerie qui me poursuit toutes sirènes hurlantes.

Je prends vite conscience que c’est probablement ce qui pouvait m’être le plus salutaire.

Mon compteur indique que je roule à cent-trente kilomètres/heure. C’est invraisemblable sur un tel tronçon.

Je commence à subir les effets des efforts que je consens depuis plus de dix minutes. Mes bras sont douloureux.

Le véhicule de la sécurité routière arrive à ma hauteur. Par un signe de la main autoritaire, le copilote m’ordonne de m’arrêter et de me garer sur la bande d’arrêt d’urgence.

Je crains pour ma vie. Si je n’obtempère pas, compte tenu des nombreuses infractions commises et des déductions qu’il serait en droit d’en tirer, il pourrait dégainer son arme.

J’ai peur. Je pense à ma femme et mes enfants.

Par des gestes maladroits de mes mains et de mes pieds, je tente de lui faire comprendre que plus rien ne fonctionne. Il est intrigué et, par un mouvement de la tête, il semble me demander d’expliquer la nature du problème.

Je presse la pédale du frein arrière pour lui indiquer qu’il a cédé. Avec ma main gauche, je lui désigne le levier de vitesse et la poignée de frein avant.

Il esquisse un clin d’oeil bienveillant et lève son pouce. Dieu merci, il a compris.

Nous dévalons à toute allure mais, grâce aux sirènes, les voitures des vacanciers se décalent pour nous laisser le passage. Nous parvenons à nous faufiler.

Les gendarmes passent alors devant moi comme pour m’escorter. Ils tendent leurs bras à travers les vitres pour faire comprendre aux usagers qu’ils doivent s’écarter.

Je me détends un peu malgré l’angoisse. Au moins, je ne suis plus seul.

Comment tout cela va-t-il finir ?

Tout à coup, un nouveau bruit inconnu parvient à mes oreilles. Fixé sur la route qui défile à toute allure, je ne saisis pas d’où cela peut provenir.

Ca y est ! Je lève les yeux et vois un hélicoptère qui nous survole.

Mon Dieu, quelle aventure !! Si je m’en sors, le jour où je raconterai tout cela, je passerai immanquablement pour un mythomane.

 

Nous sommes parvenus à la zone plate après Lodève et, là, j’assiste à un spectacle invraisemblable. Toutes les voitures sont arrêtées sur le bas-côté.

Sur l’autoroute, ne restent que les gendarmes et moi. Au-dessus, l’hélicoptère.

Nous roulons, il vole.

Nous approchons ensemble de Clermont-L’Hérault où habitent ma sœur et mon beau-frère. Peuvent-ils imaginer que toute une armée est concentrée sur mon sauvetage juste à côté de chez eux ?

Tout à coup, quelque chose attire mon regard. Devant moi, j’aperçois, à quelques centaines de mètres, une immense barrière dressée en travers de l’autoroute.

Yesssss !!! Ils ont dressé un filet pour me stopper ! Des lumières bleues scintillent de toutes parts. Ils m’ont vraiment bien pris en charge.

Sans aucune échappatoire possible, soumis et résigné, je me précipite dans les cordages qui s’étendent comme des élastiques. Ils ne cèdent pas.

Ma moto se couche. Des étincelles jaillissent de toutes parts. Elle s’immobilise enfin.

 

Je suis allongé sur le sol, bien vivant, apparemment sans blessure et je me laisse aller à fermer les paupières pour retrouver enfin un peu de sérénité après cette incroyable et  éprouvante aventure.

Une voix me sort de ma torpeur :

-Hou, hou, ça va ?

J’entrouvre un œil et vois Camille qui me fixe inquiète mais souriante. J’ai l’impression que seules quelques secondes se sont écoulées depuis ma chute. Comment a-t-elle fait pour arriver si vite ? Dans mon semi-coma, je l’imaginais encore bloquée, plus haut, au milieu des autres voitures que les gendarmes ont arrêtées.

– Et ben dis donc, toi, tu as dû faire un sacré cauchemar. Rends-toi compte, tu es en nage. Cela fait au moins un quart d’heure que tu t’agites dans le lit. Allez, maintenant, il faut qu’on se lève, une longue route nous attend. Nous nous sommes promis de manger des fruits de mer à Collioure en début d’après-midi pour fêter notre anniversaire de mariage avant d’aller nous recueillir sur la tombe d’Antonio Machado. Tu sais que j’y tiens. Debout, paresseux.

En un éclair, la conscience me revient et, sur notre lit, je la serre dans mes bras avec tout mon amour. Elle sourit.

-Ne t’inquiète pas Chérie, j’arrive, nous serons à Collioure comme prévu.

Tout à l’heure, je conduirai notre camping-car avec ma femme à mes côtés. Nous serons heureux de faire ensemble ce long voyage vers la Catalogne.

 

Je n’ai jamais eu de moto mais je ne désespère pas. Un jour, peut-être !!!

 


 

 

 

LA POÉSIE DU TANGO, Rencontre et atelier avec Françoise Siri

mar 2019 -
Si les mots avaient des ailes

LA POESIE DU TANGO, dimanche 31 mars 2019 – 14h – 16h30

Rencontre et atelier COUVERTURE-tango

avec Françoise Siri

Le tango, c’est une partie de l’âme de l’Argentine et des grands écrivains, de Borges à Cortázar. C’est une danse qui se veut, depuis ses origines, le reflet du monde et de son chaos, qu’il s’agisse des dictatures militaires ou des chocs du libéralisme qui atteignent le pays de plein fouet. Tout entre dans le tango : les textes d’amour, de mélancolie, de nostalgie, de désespérance, d’espoir, de combat politique, de fierté, de courage… Le tango est une manière de poser un regard acide et lucide sur la société telle qu’elle est, tout en continuant à danser, c’est-à-dire à vivre en recherchant le beau.

Françoise Siri vous fera partager cette expérience du tango, danse qu’elle a pratiquée une dizaine d’années, à l’occasion de la sortie de son recueil « Traversée Tango » (http://revue-texture.fr/traversee-tango.html, http://revue-texture.fr/les-critiques-de-max-alhau-2019.html#siri, https://www.babelio.com/livres/Siri-Traversee-Tango/1111999),  aux éditions Rafael de Surtis (http://www.rafaeldesurtis.fr). A travers la lecture de poèmes de son recueil, et de textes d’autres auteurs, elle vous propose un atelier d’écriture.

Cet atelier comprend :

– une rapide introduction sur la poésie contemporaine, ses écritures actuelles, ses caractéristiques et ses tendances,

– des échanges sur le tango et l’écriture du tango donnant lieu à l’écriture d’un court poème pour chacun, avant un temps de lecture à voix haute, pour ceux qui le désirent, et de partage.

L’atelier est ouvert à tous. Les participants qui le souhaitent peuvent venir avec un texte qui évoque, pour eux, le tango.

tarif : gratuits pour adhérents de « si les mots avaient des ailes », 15€ pour les non adhérents

inscriptions par email : contact@silesmotsavaientdesailes.fr

 

 

portrait-SiriPrésentation de l’auteur :

Françoise Siri (https://www.printempsdespoetes.com/Francoise-Siri) est auteur, journaliste et se définit comme « passeuse » de poésie. Interviewant depuis une quinzaine d’années de nombreux poètes, elle a notamment publié un livre de portraits et d’entretiens, Le panorama des poètes, Enquête sur la poésie francophone du XXIe s. (Lemieux éditeur, 2015) et un livre d’entretiens avec l’académicien François Cheng, Entretiens avec Françoise Siri (Albin Michel, 2015). En poésie, elle vient de publier son deuxième recueil, Traversée Tango, aux éditions Rafael de Surtis. Elle a animé des ateliers d’écriture notamment à l’Institut français et auprès des scolaires. Elle anime actuellement le prix francophone d’écriture poétique auprès des scolaires, destiné à mieux faire connaître les poètes d’aujourd’hui aux élèves, à l’initiative de l’association Skeptron.

retour sur les deux stages animés cette année par Jane Daigne

mar 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les retours suite aux deux excellents stages animés par Jane Daigne cette année.

Le premier stage a eu lieu en octobre 2018, il a été accueilli dans la maison d’Agnès Soulez Larivière, à Meudon. Durant quatre jours, Jane Daigne a proposé d’explorer le roman policier classique à énigmes et guider chacun dans l’élaboration et l’écriture des scènes principales de son propre roman. (voir ici la présentation détaillée du stage)

 

Stage Polar – Débuts de romans et naissances de vocations    

Ce rendez-vous, c’est avant tout un lieu, une maison. Une maison dans laquelle il s’était passé quelque chose. Une maison inspiratrice de grands moments. C’est ici, qu’en quelques semaines, méconnu et rejeté, Richard Wagner composa l’un de ses plus célèbres opéras.

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Et puis, dans cette maison, cette pièce qui ouvre sur le ciel, avec dans son centre une grande table ovale et tout ces gens assis autour, tous différents et pourtant tous semblables. De cet endroit émane un climat, une ambiance qui laissent déjà entrevoir des intrigues, des énigmes.

Cartésien à l’extrême qui ne croit qu’en ce qu’il voit, je m’étais inscrit pour voir. Sortie d’un imaginaire, une histoire doit tout au cerveau qui l’a créée, elle commence par le début et finit par la fin, c’est ce que j’ai toujours cru.

Eh bien non, ce n’est pas que cela, notre maitresse de cérémonie, Jane DAIGNE, nous a démontré le contraire. Si un bon imaginaire est nécessaire, des règles sont à respecter. Passant de la théorie à la pratique, tout au long de ces quatre journées, elle a su nous communiquer son amour pour les scénarios bien pensés et bien cadrés, nous amenant heure, après heure à composer et à avancer dans notre propre histoire, allant même jusqu’à nous demander la rédaction du synopsis et du portrait de l’auteur.

Merci, pour ces quelques heures de découvertes intenses.

Didier

 

Le deuxième stage a eu lieu en mars 2019, sous la forme inédite pour notre association d’un marathon, le marathon de la nouvelle noire !

(voir ici la présentation détaillée du stage)

Une journée-marathon au cours de laquelle chaque participant a écrit « une nouvelle noire », journée qui n’a pris fin qu’à l’arrivée du dernier participant inscrivant le mot « fin » au bas de sa nouvelle. Les sept participants sont restés solidaires tout au long de cette journée, récit :

 

Marathon la nouvelle noire – 10 heures d’effroi et de frissons… dans une ambiance joviale et bienveillante

Le marathon « la nouvelle noire » est passé à une vitesse incroyable. Top départ à 10h00, arrivée à 20h, même pas essoufflés, nous n’avons pas vu les minutes ni les heures passer.

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Après quelques explications données par l’animatrice Jane, appuyées d’exemples concrets sur la définition, le contenu et la structure d’une nouvelle noire, nous voilà partis pour un premier sprint. 13h, ravitaillement et lecture (par Jane) de quelques nouvelles noires bien choisies. C’est parcourus de quelques frissons que nous nous remettons à l’ouvrage. Heureusement le poste de secours (l’animatrice) est toujours à proximité pour nous écouter, nous aider, répondre à toutes nos questions et nous aiguiller sur le bon chemin.

marathon-201903-04

A 20h, nous avions tous un récit construit et poignant, et nous avons franchi la ligne d’arrivée avec fierté. Une excellente ambiance pendant ce stage fascinant, pendant lequel nous avons beaucoup ri, malgré le thème !

Pour nous aider dans cette course, Jane a animé ce stage avec brio, nous donnant des explications, des exemples concrets, des conseils précis et constructifs, toujours avec bienveillance, pour améliorer nos récits.

Camille

la boite à mots : mars 2019 (consigne)

mar 2019 -
Si les mots avaient des ailes

Voici les 3 mots de mars 2019 : patienter, enfant, lune

Envoyez-nous votre texte, nous publierons ceux qui auront retenu notre attention * sur notre site dans la rubrique la boîte à mots, le jeu  (à retourner au plus tard 2 jours avant la fin du mois  à le-jeu@silesmotsavaientdesailes.fr ).

Pour chaque texte, n’oubliez pas de préciser en première ligne : le titre et le nom de l’auteur (ou pseudo). Merci!


*    voir les règles du jeu ici